Le projet de loi de finances pour 2021 n'est pas seulement celui de la relance économique ; c'est aussi celui de la relance de la dette - et le plus incroyable c'est que personne ne s'en offusque.

Le gouvernement présente donc ce lundi son projet de Budget pour 2021. C’est la 2ème fois depuis la fin du mois d’août que la politique économique va essayer de se faire une place au soleil pour que la politique sanitaire n’occupe pas tout l’espace. La première fois, c’était il y a un mois, Jean Castex avait présenté le plan de relance de 100 milliards d’euros. Le message était optimiste : les conditions sont réunies pour redémarrer. 

Mais hélas trois fois hélas, aujourd’hui le virus occupe à nouveau les esprits, Olivier Véran redevient omniprésent, et le budget risque de passer au second plan. 

C’est à tort parce que Bruno Le Maire, il sera ici à ce micro demain matin, va présenter un projet de loi de Finances hors normes. Entre le plongeon abyssal du printemps et le rebond de l’été, le produit intérieur brut aura tout de même baissé de 200 milliards d’euros cette année, à 2.223 milliards, et il remonterait de 85 milliards l’an prochain. On évoquerait l’image joyeuse des montagnes-russes s’il n’y avait pas sur le chemin des emplois et des entreprises qui disparaissent. 

Face à cela, l’Etat a fait sauter tous les verrous : selon nos informations, le déficit budgétaire de l’Etat explose cette année, à presque 200 milliards (195,2 exactement). Il sera encore de 153 milliards en 2021. Ces données-là sont plus parlantes que les évolutions en %, économiquement plus justes mais anesthésiantes. 

Au-delà, la limite de ce Budget est qu’on n’est pas sûr qu’il soit adapté à la situation des mois qui viennent, avec une conjoncture économique que le virus va faire hésiter tout l’automne. Il faudra peut-être une autre relance à plus court terme.

Et à moyen terme ?

L’élément stupéfiant, incroyable, est qu’il n’y a personne, chez les politiques, chez les économistes et chez les commentateurs pour s’inquiéter de la hausse de la dette publique, de vingt points du PIB. Le remède de la crise de 2008 avait été la dette, c’est à nouveau le remède de celle de 2020. C’est logique mais sera-ce sans prix et sans risque ? 

Il n’y a que quatre solutions pour cette flambée de dette : la hausse des impôts, la croissance, l’inflation et ce qu’on appelle le défaut, en clair ne pas rembourser la dette. Toute autre idée sera la bienvenue mais la seule chose certaine est qu’il est illusoire de croire à l’ardoise magique. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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