Ce matin, deux mesures au banc d’essai… L’une a été annoncée hier, la baisse des prix de l’essence, et l’autre le sera aujourd’hui, les nouveaux emplois aidés pour les jeunes.

Exactement, pour les mettre en parallèle et défendre l’idée que les emplois d’avenir, en dépit de tous leurs défauts – qui sont importants – ont plus de sens que le cadeau de 6 centimes sur l’essence. En rythme annuel, les deux « pèsent » aussi lourd, autour de 1,5 milliard d’euros. Mais l’argent sera mieux utilisé dans le dispositif qui sera détaillé ce matin par Michel Sapin, le ministre du Travail, en conseil des ministres, même si ça surprend dans ma bouche puisque d’un côté il y a une baisse d’impôts, de l’autre, une hausse de dépenses.

Pourquoi cette préférence ?

La baisse du prix de l’essence, c’est l’exemple typique d’une promesse qu’il ne faut pas faire quand on n’a pas les moyens de la faire. Le résultat ne peut que décevoir. On parle de six centimes dont trois à la charge de l’Etat pour une facture de plus de 300 millions d’euros sur quatre mois. Si le pétrole baisse, ce sera de l’argent perdu. S’il monte, la mesure devra être prolongée. En réalité, il suffirait que l’actuel ouragan Isaac touche des installations pétrolières dans le Golfe du Mexique pour que le pétrole flambe et « avale » ces six centimes. Et que fera le gouvernement ? Il montera à 20 centimes ? Avec quoi ? L’appel lancé hier soir par le G7 aux pays pétroliers pour augmenter la production, à la demande de Pierre Moscovici, à Bercy, cette initiative a plus de sens.

De l’argent pour les emplois jeunes, c’est plus logique ?

Oui. Le projet Sapin va créer 150.000 emplois de un à trois ans, financés à 75% par l’Etat, principalement dans les collectivités locales et les associations. Cela fait copier-coller des emplois-jeunes de Martine Aubry en 1997. Mais c’est plus malin - disons plus ciblé - parce que réservé aux non-qualifiés de 16 à 25 ans. Bien sûr, d’un point de vue économique, c’est critiquable. Ce sont des emplois publics, dans des collectivités qui n’en manquent pas. Bien sûr, ce type d’emplois aidés, on les multiplie depuis trente ans sans effet durable, ils ne remplacent pas une politique imaginative du marché du travail et ils ont moins d’avenir que des emplois en entreprise.

… Mais ?

Mais la collectivité nationale ne peut laisser sur le bord du chemin, en période critique de crise, des jeunes dont l’avenir est bouché. A condition que ce soit bien encadré, et pourquoi pas par une commission indépendante, c’est une réponse à la souffrance sociale, surtout dans les quartiers difficiles. Il faut reconnaître que ni le système éducatif ni les entreprises ne forment et n’accueillent assez ces jeunes en particulier. La dépense, un peu plus d’un milliard est élevée, mais c’est moins que la baisse de la TVA dans la restauration. Bref, c’est un pis-aller mais l’argent est mieux utilisé que sur l’essence.

Vous finissez par une mise au point ?

Oui, on entend souvent que le chômage touche un jeune sur cinq. Heureusement, c’est faux. Il touche un jeune sur cinq dans la population de ceux qui travaillent ou cherchent à travailler. En réalité, la grande majorité (70%) poursuit des études. La situation est difficile, pas la peine d’en rajouter dans le catastrophisme.

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