Ce matin, vous évoquez l’autre curseur que doit arrêter le gouvernement ces jours-ci : quelle prévision de croissance pour 2014 ?

Oui, c’est cela : la rentrée économique du gouvernement, ce sont les retraites, les polémiques sur les impôts, l’exaspération des chefs d’entreprise et la grogne des syndicats. Mais il doit aussi caler sa prévision officielle pour la croissance de l’an prochain. C’est un curseur évidemment très délicat. Il est très technique : il faut deviner la réalité, les courants souterrains de l’économie ; Il est très politique : il faut être crédible (dont pas trop haut) et volontariste (pas trop bas). Il est délicat, enfin, parce que le choix qui sera fait est déterminant : un dixième de point en plus ou en moins, ce sont des milliards d’euros de recettes fiscales espérées en plus ou en moins.

Et donc, où en est le gouvernement ?

A l’heure où je vous parle, sa prévision tournerait autour de 0,9 à 1% de croissance en 2014 après 0,1% ou à peine plus cette année. Je dis pour l’instant parce ce matin, l’Insee va publier une batterie d’enquêtes de conjoncture qui donnera le pouls de la fin de l’été et changera peut-être la donne.

Néanmoins, si on reste autour de 1%, ce serait crédible ?

Cela semblerait prudent et raisonnable. Le deuxième trimestre a été bon, la zone euro n’est plus agitée de tremblements convulsifs depuis un bout de temps, elle est sortie de la récession. Voilà pour le plus et il n’y a pas de raison de l’oublier. En sens inverse, les entreprises que l’on rencontre ne sautent pas de bonheur parce que leurs carnets de commandes déborderaient soudain. Par ailleurs, l’actualité économique internationale, ce sont les pays émergents qui sont dans une phase de net ralentissement. Ils représentent désormais, depuis cette année, la moitié du PIB mondial.

Donc, le gouvernement ne paraît pas tenté de faire de la « gonflette ». Mais au-delà, cet exercice de prévision vous paraît significatif. Pourquoi ?

Il y a quelques années, l’objectif d’une politique économique, d’un pays, était de porter la croissance de 2 à 3% ; aujourd’hui, on s’extasie à 1%, ce qui ne suffit pas pour le chômage. En fait, c’est un grand débat de savoir s’il faut s’habituer à une croissance nulle ou pas. On chipote sur chaque dixième, mais savez-vous ce que représente 0,1 point de croissance ? Trois heures de production ! Il faut être plus ambitieux.

Encore faut-il tourner la page de la crise commencée en 2008 !

Exactement. L’Insee a calculé pour nous le niveau d’activité économique depuis le point haut de début 2008. Eh bien, nous n’avons toujours pas rattrapé, cinq ans et demi après, le niveau que nous avions alors. A un chouïa près, mais une stagnation aussi longue n’était pas arrivée depuis 1945. D’autres font pire : l’Espagne et l’Italie sont encore 7 et 8% en dessous ! En revanche, l’Allemagne a effacé la crise, elle est 2% au-dessus de son niveau de 2008 et les Etats-Unis sont 5% au dessus. Cela montre que le rebond est possible et qu’il faut regarder ceux qui réussissent.

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