Le regard de Dominique Seux, commentateur économique sur les propos de Nicolas Hulot...

Nicolas Hulot n'a pas réussi à convaincre son camp, celui des écologistes, d’une synthèse possible entre économie et écologie.
Nicolas Hulot n'a pas réussi à convaincre son camp, celui des écologistes, d’une synthèse possible entre économie et écologie. © AFP / JACQUES DEMARTHON

Le commentateur est partagé entre deux attitudes. D’abord, saluer la sincérité d’un homme qui a raison sur le ton, sonner l’urgence, et le fond, l’économie telle qu’elle fonctionne est responsable du dérèglement climatique. C’est clair : il faut refroidir l’économie, qui consomme et épuise trop d’énergies qui dégradent la nature et compromettent l’avenir de l’espèce humaine. L’ami Thomas Legrand a été frappé par les porte-containers, on peut trouver plus absurde encore que l’on puisse traverser l’Europe en avion pour quelques dizaines d’euros parce que le kérosène est détaxé alors que le transport aérien émet du CO2. Mais la question sous-jacente est de savoir si la transition énergétique, qui doit être plus rapide qu’on ne le pensait encore en 2015, peut se faire dans le cadre de l’économie de marché et -disons-le- du capitalisme. La plupart des écologistes pensent que non, Nicolas Hulot aussi. On peut penser l’inverse. Avec de puissantes incitations et obligations, seul le capitalisme a les moyens d’investir, d’innover, de trouver les compromis entre la science et de nouveaux modes de vie. Ce sont des entreprises qui inventent et le solaire de demain et les véhicules électriques, dont on aura encore besoin pour se déplacer. Et c’est Emmanuel Macron qui a accepté que le prix du gazole augmente de 35 centimes en 5 ans pour le faire reculer (on en parlait hier). On a peu entendu de félicitations.

Mais Hulot, dites-vous, est aussi responsable de son échec...

Il n’a pas réussi à convaincre son camp, celui des écologistes, d’une synthèse possible entre économie et écologie. Or, Macron attendait cela de lui. L’écologie politique veut tout tout de suite : la fin de glyphosate en trois ans, l’arrêt du nucléaire, rares sont les décisions qui trouvent grâce à leurs yeux. Grâce au nucléaire, la France représente 10% des émissions de CO2 de l’Europe, l’Allemagne 23%. On doit en souhaiter l’arrêt, mais une fois que d’autres énergies viables seront mûres. Les contradictions sont aussi dans ce camp-là : ceux qui veulent la décroissance disent non à la baisse du pouvoir d’achat que provoquera le renchérissement des prix de biens agricoles ou industriels fabriqués plus près. Oui, il y a urgence à refroidir l’économie, mais chaque camp devra gérer ses contradictions.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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