Sylvie Goulard pourrait récupérer le poste du Marché Intérieur et de l'industrie dans la nouvelle Commission européenne, une fois passé le vote du Parlement européen. L'industrie de la Défense va prendre de l'importance au cours de ce mandat.

Sylvie Goulard
Sylvie Goulard © Getty / Chesnot

Le profil de Sylvie Goulard a été présenté sur cette antenne hier, et d’abord son expertise reconnue sur les sujets européens en tant qu’ex-députée à Strasbourg pendant de longues années et auteur de plusieurs livres remarqués. A été raconté aussi ce qui peut la fragiliser : l’ouverture d’une enquête judiciaire sur les assistants parlementaires du Modem qui l’avait conduite à démissionner de la Défense en 2017 (enquête apparemment au point mort, sur une affaire au sujet de laquelle l'administration européenne ne trouve rien à redire), et des rémunérations reçues d’un organisme de réflexion américain, rémunérations néanmoins légales et déclarées. 

Ce sera au Parlement européen de trancher, notamment à deux commissions clés, celle de l'industrie et celle des marché intérieur. Elle aura le soutien du PPE et du groupe Renew. Une des questions est de savoir si elle pourra obtenir une vice-présidence de la Commission.

Pour la petite histoire, Emmanuel Macron avait d’abord proposé le poste à Bruno Le Maire (bien avant l'été), puis à Florence Parly (l’actuelle locataire de la Défense), son premier choix, qui ont tous deux refusé - la seconde pour des raisons personnelles. Michel Barnier, dont le job sur le Brexit ne durera pas éternellement, Benoit Coeuré (membre sortant de la BCE) et Clément Beaune, le conseiller Europe d'Emmanuel Macron, étaient aussi candidats. Mais c’est Sylvie Goulard qui a été choisie. 

Pour quel poste ? 

Fin juillet, la France a fait savoir officieusement à Ursula von den Layen, la présidence de la Commission, que deux sujets l’intéressent : le climat ou un poste économique. En fait, la responsabilité du climat pourrait échoir à la danoise Margrethe Vestager (à moins que cela soit le Néerlandais Frans Timmermans), et avec un Pascal Canfin très visible, Paris fera entendre sa voix. Exit le climat. 

Reste l’économie. Tout est subtil. D'abord, il y a une règle non écrite : le poste de la Concurrence ne peut être ni allemand ni français, les entreprises de ces deux pays étant les plus puissantes. Exit donc la concurrence, qui pourrait revenir à un ancien premier ministre italien - le nom de Paolo Gentiloni, président du conseil de 2016 à 2018, circule, comme celui d'Enrico Letta, un de ses prédécesseurs. De toute façon, les postes administratifs, dans ce domaine, sont tout aussi importants que les politiques.

Alors, les affaires budgétaires, l’actuel poste de Pierre Moscovici ? C’était utile en 2014, susurrent les experts au courant des tractations en cours, pour pousser Bruxelles vers moins d’austérité, ce qui a été le cas. Paris a déjà obtenu le poste très convoité de la Banque centrale européenne avec Christine Lagarde. Mais le sujet est moins central aujourd’hui. Le nom du Belge Didier Reynders est avancé. 

Le commerce ? Sujet passionnant, mais porter le chapeau des accords Ceta et Mercosur n’est pas un cadeau. Les Français sont le peuple le plus remonté contre la mondialisation et affichent (coïncidence troublante) un gros déficit commercial. Exit le commerce. 

Et du coup ? Ce devrait être à 90%, selon les informations que l’on peut donner ce matin, le portefeuille du Marché intérieur (les normes dans tous les domaines par exemple, des carburants à la taille des bananes), de l’industrie, des PME, avec des matières qui vont prendre de l'importance dans les années qui viennent, comme la technologie, ainsi que l’industrie de la défense et spatiale. 

Tout cela est de la tambouille, et pas vraiment éditorial. C’est vrai. Mais il faut parfois rentrer dans la cuisine pour comprendre comment s’écrit le menu politique !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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