L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___Hier, une organisation internationale, l’OCDE, a salué les réformes faites en France et elle réclame même davantage. Si Nicolas Sarkozy a reçu cette étude publiée tous les deux ans par l’OCDE, elle lui a peut-être redonné le moral, entre les manifestations des médecins et des enseignants-chercheurs hier, celles du 1er mai, et la crise économique. L’OCDE, c’est l’organisation économique des pays développés, qui compte 30 membres. On y trouve des vrais pays libéraux, Etats-Unis, Grande-Bretagne, mais aussi des sociaux-démocrates comme le Danemark, la Suède. Et, donc, cet organisme salue un certain nombre de chantiers ouverts en France depuis la présidentielle de 2007 – c’est une première. Par exemple, la réforme du marché du travail, avec la création de Pôle Emploi, le RSA, l’assouplissement des 35 heures. Mais aussi celle engagée dans l’éducation et la recherche et puis tout ce qui a stimulé la concurrence, dans la distribution par exemple. A chaque fois, le verdict est : peut mieux faire, et faire plus, mais ce n’est déjà pas mal. Autres compliments, l’OCDE estime que la situation des banques françaises est meilleure que celle de leurs concurrentes. Parce qu’elles ont diversifié leurs activités et ont été plus prudentes sur les prêts. Ensuite, un satisfecit est donné au plan de relance, qui a d’abord ciblé l’investissement, puis, s’est élargi avec une baisse ciblée de l’impôt sur le revenu. Enfin, troisième compliment, qui me semble le plus intéressant : pour l’OCDE, la France connaîtra une récession moins profonde que d’autres, parce qu’elle a des stabilisateurs automatiques. Il faut traduire, des dépenses collectives, les retraites, les prestations, les salaires des fonctionnaires, qui ne changent pas pendant la crise et donc l’amortissent. Ce point est le plus intéressant, parce qu’on voit que l’OCDE met de l’eau keynésienne dans son vin libéral habituel. Elle ne reproche pas à la France de creuser ses déficits publics en ce moment. Ce que celle-ci fait d’ailleurs vite : entre le plan emploi et la TVA restauration, 4,3 milliards d’euros, 30 milliards de francs, ont été annoncés en cinq jours ! Mais ce blanc-seing crédibilise surtout ce qu’ajoute l’OCDE. La France se prépare à des lendemains difficiles parce que ses déficits, ses impôts et ses cotisations, ses dépenses publiques étaient déjà tellement élevés avant la crise, plus élevés qu’ailleurs, que la situation sera très compliquée après la crise, quand il faudra faire rentrer le dentifrice dans le tube, en clair faire revenir les déficits à un niveau raisonnable. Un chiffre : en 2010, le déficit public dépassera 8% du PIB, à peine moins que les Etats-Unis, alors qu’il y a l’idée que la France a joué petits bras dans la relance. La réalité est que les boucliers sociaux protègent un peu mais aussi qu’ils pèsent très lourd. Bref, il faudra agir vite et ce sera par des économies. Ces messages peuvent-ils être entendus ? Sur les comptes publics, sans doute que non, parce que la vraie reprise reviendra en 2010 ou 2011, trop près de la présidentielle de 2012. Il faut donc espérer que la bulle de l’endettement public n’éclatera pas avant. Et de son côté, le gouvernement doit savourer les compliments de l’OCDE : il n’y en aura peut-être pas d’autres avant longtemps.

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