Par Jean-Marc Vittori.

Question simple pour commencer la semaine : en économie, la chancelière allemande Angela Merkel est-elle d’une intransigeance égoïste ?

C’est la fameuse expression employée dans un document de travail du PS, abandonnée pour une formulation plus générale après avoir provoqué beaucoup de vagues des deux côtés du Rhin. J’ai commencé par aller voir la définition d’intransigeant dans mon petit Robert. L’intransigeance, c’est le fait de n’admettre aucune concession, aucun compromis. Une bonne description de la politique menée par la britannique Margaret Thatcher dans les années 80. Mais absolument pas de celle d’Angela Merkel. D’abord, dans son pays, elle passe son temps à faire des compromis avec sa majorité à l’Assemblée nationale, dans une démocratie parlementaire bien plus vivante qu’en France. Ensuite, en Europe, depuis le début de la crise financière, elle passe son temps à accepter des choix aux antipodes des positions initiales de Berlin. Elle a par exemple entériné deux plans de sauvetage de la Grèce, puis la constitution d’un Fonds de secours européen doté de plus de 400 milliards d’euros. A chaque fois, l’Allemagne est de loin le plus gros contributeur, ce qui ne la qualifie pas pour l’égoïsme, contrairement à Margaret Thatcher qui hurlait « I want my money back », je veux récupérer mon argent.

En réalité, les socialistes visaient l’insistance des Allemands sur la rigueur budgétaire…

Vous avez tout à fait raison. Nos voisins tiennent à des comptes publics sains, chez eux et ailleurs en Europe. Là-dessus, ils ne transigent pas. Toute la question est celle du rythme du retour à l’équilibre. Si ça va trop vite, ça risque de tuer l’économie. C’est ce qui s’est passé en Grèce. Mais le calendrier du retour vers des déficits budgétaires plus soutenables a été étalé, y compris pour la France. Berlin l’a accepté. Et je prends volontiers le pari que le calendrier sera encore étalé dans les mois à venir, et que Berlin l’acceptera à nouveau.

Mais si les pays du sud de l’Europe se serrent la ceinture, l’Allemagne ne devrait-elle pas faire des efforts dans l’autre sens, pour soutenir sa croissance, pour que les Allemands achètent davantage au reste de l’Europe ?

Tout le monde lui donne ce conseil. Le FMI dans son rapport publié la semaine dernière, l’OCDE aussi. Mais il faut être bien conscient du dilemme dans lequel est plongée l’Allemagne. Les taux d’intérêt sont trop bas pour le pays, comme l’a souligné Angela Merkel la semaine dernière. La Banque centrale européenne prête de l’argent à court terme à moins de 1%, parce qu’elle s’inquiète de la mauvaise situation des pays du sud. Les investisseurs, eux prêtent de l’argent à long terme à moins de 1,5%. Les salaires recommencent à augmenter. Outre-Rhin. Comme l’Allemagne fait partie de la zone euro, sa banque centrale ne peut pas relever les taux d’intérêt pour calmer le jeu comme elle l’aurait fait sinon. Pour limiter les pressions inflationnistes, l’Etat devrait alors prendre le relais en augmentant les impôts ou en baissant la dépense publique, c’est-à-dire faire exactement l’inverse de ce que lui recommande le monde entier. Berlin ne veut pas en entendre parler. Côté français, c’est donc un drôle de moment pour dénoncer l’intransigeance ou l’égoïsme allemand.

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