Manuel Valls a présenté hier plusieurs amendements à son plan d’économies, essentiellement sur les retraites. Et pour vous, c’est une mauvaise idée.

Oui. Les faits, vous les connaissez : le gouvernement a renoncé à geler les petites retraites, celles inférieures à 1.200 euros par mois. Elles, elles auront donc droit à un coup de pouce le 1er octobre. En revanche, le gel est bien maintenu pour les retraites plus élevées, jusqu’en octobre … 2015. Ce dégel coûte 300 millions. Alors, entendons-nous bien. Ce dégel partiel, c’est une très bonne idée politique : il fait passer la pilule des autres économies à une majorité rétive ; c’est habile, le prix payé n’est pas considérable et Manuel Valls a bien manœuvré ; c’est aussi une excellente idée pour le pouvoir d’achat. La retraite d’une femme seule s’élève à 930 euros en moyenne et personne ne dira que c’est beaucoup. Pour un homme, c’est plus mais ce n’est pas Byzance non plus. Sur ces deux points, il n’y a pas de doute : on comprend les socialistes et le gouvernement.

Mais sur le plan économique, le dégel est un mauvais signal ?

Exactement. Car ces allers et retours sur les retraites, un coup de gel, un coup de dégel, font oublier une chose toute simple et idiote : le régime des retraites est encore en lourd déficit. D’à peine plus de 3 milliards d’euros l’an dernier, le « trou » va remonter à près de 4 milliards cette année. Sans la réforme Sarkozy, le « trou » aurait été plus profond, mais il est là. Et le guichet des départs anticipés qui s’est élargi avec François Hollande permettra cette année à 150.000 salariés du régime général de partir avant l’âge légal. C’est Jean Pisani-Ferry, le commissaire général à la Prospective, de gauche, qui a eu ces derniers jours l’analyse la plus limpide : dans un régime par répartition, il faut bien tenir compte de la performance économique du pays. Depuis 2008, ajoute-t-il, ce sont les jeunes qui ont plus subi la crise. Il est logique de faire contribuer les aînés à l’effort.

Pour éviter tout gel des pensions tout en réalisant des économies, d’autres solutions étaient pourtant possibles ?

Oui, de plusieurs ordres. De l’ordre de la justice d’abord: Les régimes spéciaux de retraite restent avantageux. Selon les derniers chiffres disponibles, l’âge moyen de départ en retraite d’un salarié du privé ou d’un fonctionnaire tourne autour de 61 ans, celui d’un agent de la SNCF ou de la RATP de 55 ans. Même si les effectifs concernés ne sont pas énormes, il y a un coût. Une réforme de l’ordre de l’efficacité ensuite : il existe 35 régimes de retraite, chacun avec ses règles, son organisation, la reconstitution des carrières est un imbroglio qui coûte cher ; Enfin, un autre choix collectif était possible. En France, nous partons toujours plus tôt en retraite qu’ailleurs, et nous avons du coup le temps de vie à la retraite le plus long : 22 ans pour les hommes, 27 ans pour les femmes (chiffres de 2011). On pourrait préférer avoir des pensions plus élevées, mais nous avons choisi autre chose. Il faut assumer. On ne peut pas tout avoir. Hélas.

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