Les conditions techniques d'un redémarrage de l'économie sont là, mais Edouard Philippe en a finalement peu parlé. Il sait qu'un déconfinement trop rapide entraînerait trop de décès.

Le Premier ministre Edouard Philippe, le 29/04/2020
Le Premier ministre Edouard Philippe, le 29/04/2020 © AFP / Ludovic Marin

Les milieux économiques ont-ils été déçus par le discours d'Edouard Philippe ? Les salariés, les indépendants et les chefs d’entreprise sont comme tout le monde : ils pensent à leurs revenus et à leur santé. 

Mais ils ont, c’est vrai, regretté qu’Edouard Philippe ait au fond peu parlé hier de la nécessité du redémarrage économique. Si on cherche une image, son discours ce n’est pas un feu vert pour l’économie, mais un feu orange clignotant, sous conditions et avec prudence. Et un feu sans doute rouge dans certaines régions : l’Ile-de-France restera peut-être confinée après le 11 mai. Une autre image ? C’est un redémarrage en première vitesse, pas plus. 

Si on regarde concrètement, au-delà du discours, le paysage est quand même plus clair

  1. Le télétravail va continuer au minimum tout le mois de mai, mais çà beaucoup d’entreprises et de cols blancs s’y sont habitués. 
  2. Tous les commerces ou presque pourront rouvrir (sauf les cafés hôtels restaurants et les grands centres commerciaux), ils pourront rouvrir avec des protections fortes, mais cela sera gérable. 
  3. Les déplacements professionnels en France seront possibles. 

Bref, l’économie a des clés en mains pour repartir à vitesse réduite. Et Edouard Philippe a gardé un levier pour l’y pousser : le chômage partiel est prévu jusqu’au 1er juin. Il sera prolongé dans quelques secteurs, mais cela veut dire que la parenthèse ne sera pas éternelle.

Deux courbes vont se concurrencer après le 11 mai

  • L’économie française a plongé d’un tiers par rapport à la normale. On l’a appris hier, l’économie allemande a chuté d’un sixième : deux fois moins. La France s’est donc plus arrêtée, doit-elle repartir plus tard ? C’est la première courbe à suivre. 
  • Mais un redémarrage est impossible s’il favorise une deuxième vague de l’épidémie et une saturation des hôpitaux. 

Or, les projections confidentielles de l’AP-HP ne sont pas rassurantes. 

Les voici : le 19 mars, il y avait 250 personnes en réanimation en Ile-de-France. Au pic du virus, mi-avril, 2600 : énorme explosion. Aujourd’hui il y en a encore 2000 : à peine mieux. Eh bien, fin juin, si le déconfinement rate, cela remontera à 2700 ; dans le scénario moyen, ce serait 1100 : toujours tendu. Dans le meilleur scénario, ce serait 500 personnes, deux fois plus qu’il y a un mois. Cela fait toujours beaucoup de décès. 

Voilà la raison pour laquelle Edouard Philippe a été prudent hier sur l’économie et que l’Ile-de-France est un cas à part. Tout dépend de nous.

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