L'édito éco de Jean-Marc Vittori, du journal « Les Echos. » ___Les ventes de téléphones mobiles devraient diminuer l'an prochain en France, pour la première fois depuis 2001. Les fabricants de portables vont-ils affronter un recul aussi sévère que les constructeurs automobiles ? A priori non : nous devrions acheter l'an prochain plus de 20 millions de téléphones mobiles. A en croire les fabricants interrogés par mes confrères des « Echos », leurs ventes devraient baisser d'au plus 4 à 5% en France. Ce recul n'aura rien d'exceptionnel. Au niveau mondial, le cabinet spécialisé Gartner attend une chute de 5%, les experts de Royal Bank of Scotland prévoient de leur côté -9%. Le marché devrait rester dynamique dans des pays peu équipés comme l'Inde, mais il en va autrement dans les pays matures comme la France, où il y a presque autant de lignes mobiles que d'habitants. C'est bien sûr la faute au pouvoir d'achat ramolli. Mais aussi la faute aux opérateurs comme France Télécom ou SFR. Ils cherchent à diminuer la subvention qu'ils donnent à leurs clients pour acheter de nouveaux appareils, en les poussant par exemple vers des abonnements bloqués non plus pour un an mais pour deux ans. Allons-nous moins téléphoner ? Une étude réalisée au printemps dernier par France Telecom montrait qu'en cas de coup dur, les Français sacrifieraient d'abord les vêtements, les sorties ou la voiture. Pas question de toucher au sacro-saint mobile, devenu en une décennie une extension du corps humain presque aussi indispensable que la main ou le pied. Nous allons simplement utiliser plus longtemps nos portables avant de les changer, et donc moins gaspiller. C'est le nouveau consommateur qui arrive. La crise va sans doute entraîner un changement profond dans nos comportements d'achat. Nous devenons des hyperconsommateurs. Face à la montée de dépenses obligées comme le logement, ou de dépenses que nous considérons comme indispensables comme l'abonnement au mobile, à Internet ou à la télévision, nous arbitrons de plus en plus dans les autres achats. A Noël, les Français ont par exemple acheté beaucoup moins de mobiles, mais ils se sont arrachés les écrans plats ou les ordinateurs portables. On a vu exactement le même type de réaction dans l'automobile. Quand le litre valait 1 euro 50, l'été dernier, les Français ont moins pris leur voiture. Maintenant que le litre de super est revenu autour d'un euro, beaucoup d'entre eux ne sont pas revenus à leurs anciennes habitudes. Ils préfèrent dépenser leur argent autrement. Y a-t-il un perdant à ce jeu de l'hyperconsommateur ? Le producteur, évidemment, car il ne peut pas s'adapter instantanément aux arbitrages de ses clients de plus en plus rapides. On le voit bien dans l'automobile. Le problème, c'est que s'il n'y a plus de producteurs, il n'y a plus d'argent et donc plus de consommateurs.

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