Pékin l’a annoncé hier, la Chine est en passe de devenir le premier exportateur mondial. Un signe de plus du poids prépondérant de l’économie chinoise. Le “ Made in China ” s’installe sur le toit du monde. Sauf surprise de dernière minute, la Chine va en effet devenir dès cette année le premier exportateur mondial. Elle va donc détrôner l’Allemagne qui occupait jusque-là la plus haute marche du podium. Pour Pékin, c’est un immense succès. D’autant qu’il intervient dans un univers en contraction, puisque le commerce mondial aura reculé cette année de 10%. Un repli auquel les produits chinois n’échappent évidemment pas. Mais les exportations chinoises ont reculé beaucoup moins vite que celles des autres pays. Résultat, la part de marché de la Chine dans le commerce mondial s’est accrue et s’établit désormais autour de 9%. La Chine dispose de deux atouts que les autres pays n’ont pas. Deux atouts de taille. D’abord, la structure même de ses exportations s’avère particulièrement adaptée à la crise que nous traversons. De ce point de vue, c’est un peu l’anti-Allemagne. Quand les consommateurs des pays développés y regardent à deux fois avant de dépenser leur argent et que les investissements industriels sont au plus bas, il vaut mieux vendre du textile, des jouets ou de l’électroménager, plutôt que des machines outils sophistiquées ou des produits de luxe. C’est la prime au low-cost. Alors, bien sûr, les exportations chinoises ce ne sont plus seulement des vêtements bon marché. Loin s’en faut. Le pays s’est engagé dans une montée en gamme de son industrie, pour remonter la chaîne de valeur, comme on dit. Mais, à Pékin, on reste très attaché au statut d’atelier du monde qui a favorisé le décollage économique du pays. Hier encore le vice-ministre du commerce le rappelait : pour l’économie chinoise, il vaudra toujours mieux exporter 30 millions de T-shirts qu’un Boeing 747. Le deuxième facteur d’explication de cette percée est monétaire. Depuis un an et demi, la monnaie chinoise, le Yuan, est solidement arrimé au dollar. Une stratégie du coucou qui s’est avérée doublement gagnante. Car, quand le dollar baisse, comme ce fut le cas pendant une bonne partie de l’année, les produits chinois restent compétitifs aux Etats-Unis et deviennent meilleur marché partout ailleurs, notamment dans les pays de la zone euro. Il est clair que la Chine a retrouvé bien plus vite que le reste du monde le chemin d’une croissance soutenue. Dopée par la bonne tenue de ses exportations donc et aussi par un plan de relance massif de près de 600 milliards de dollars, la croissance du pays devrait dépasser cette année les 9%. Du coup, la Chine est quasiment assurée de doubler le Japon dès 2010, pour devenir la deuxième puissance économique au monde. Et si l’on en croit les analystes de la banque américaine Goldman Sachs, elle pourrait même détrôner les Etats-Unis à l’horizon 2027. Mais on n’en est pas encore là. Dans l’immédiat, la priorité pour Pékin est de refroidir les ardeurs d’une économie qui n’est pas loin de la surchauffe comme en témoignent l’envolée récente de la Bourse et des prix de l’immobilier. La solution la plus efficace serait de laisser le Yuan se réévaluer pour réduire les excédents commerciaux. Mais Pékin s’y refuse avec la dernière énergie, en dépit des pressions américaines et européennes. Preuve s’il le fallait que les exportations restent le fer de lance du développement économique du pays.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.