Beaucoup de tension hier entre l'Iran, les Etats-Unis et l'Europe... En quoi ça nous concerne ?

En tant que citoyen du monde, je trouve dommage qu'on ne puisse pas se parler calmement d'un pays à l'autre. Mais rassurez-vous Bruno, je ne suis pas sur le créneau de Bernard Guetta, il y a bien une raison économique de parler de ces tensions : c'est le prix de l'essence. Nous n'avons jamais payé aussi cher que cette année le litre de sans plomb 95 : 1 euro 50 en moyenne, et 1 euro 34 pour le gazole. Eh bien ça risque d'être encore pire l'an prochain si ça barde côté Iran.

Car nous sommes là dans l'éponge à pétrole du monde. Téhéran menace de bloquer le détroit d'Ormuz si les pays occidentaux avancent dans leur projet d'imposer un embargo sur le pétrole iranien, embargo destiné à faire pression sur le pays pour qu'il cesse ses projets nucléaires. Or le détroit d'Ormuz est l'autoroute maritime du pétrole mondial. Le tiers du trafic passe par là. Et puis l'Iran c'est le quatrième producteur de la planète, et les troisièmes réserves les plus importantes derrière celles de l'Arabie Saoudite et du Venezuela. Une étincelle par là-bas ferait flamber le baril de pétrole qui vaut déjà plus de 100 dollars.

Mais pourquoi le baril vaut-il si cher ? Comme l'économie ne va très très bien, ça devrait alléger la pression sur les prix.

C'est vrai que la demande n'est pas très tonique en France, en Europe et en Amérique. Mais il n'y a pas que ces pays qui brûlent du pétrole. Il y a aussi la Chine et l'Inde en plein boom. Leur poids dans la consommation mondiale d'or noir a augmenté de moitié en dix ans. Et puis, un prix de marché, ça vient de la rencontre de la demande avec l'offre. Or du côté de l'offre de pétrole, c'est plutôt compliqué. D'abord, il y a les pays du printemps arabe comme la Libye et la Syrie, où la production s'est assez logiquement interrompue. Ensuite, il y a d'autres producteurs où la situation politique est loin d'être stabilisée comme l'Irak ou le Nigéria. Et puis, il y a les pays où ça tient pour le moment mais où ça pourrait changer. Au Venezuela, deuxième réserve mondiale, le président Hugo Chavez lutte contre le cancer et personne ne sait à quoi ressemblerait sa succession. En Russie, on voit bien que le système Poutine pourrait toucher ses limites. Et même en Arabie Saoudite il y a des tensions. Quand le printemps arabe a commencé, le roi a lancé précipitamment un plan d'investissements et de dépenses sociales de 130 milliards de dollars sur cinq ans. Pas sûr que ça suffise.

Le pétrole et l'essence risquent donc de devenir encore plus cher...

C'est probable mais pas certain.

Mais à tout prendre, je préfère une hausse des prix à leur baisse. D'abord parce que de toute façon le pétrole vaudra beaucoup plus cher dans cinq ou dix ans car il est de plus en plus difficile à trouver. Mieux vaut s'y préparer. Ensuite, le scénario le plus crédible d'une forte chute des cours du pétrole l'an prochain, c'est celui où l'Europe s'effondre. Il vaudrait mieux l'éviter.

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