Edito éco par Jean-Marc Vittori

Polémiques ce week-end après l’annonce d’une augmentation des tarifs de la SNCF. Pour vous, cette augmentation est-elle justifiée ?

Hélas oui… mais pas pour les raisons entendues ces derniers jours. On a joyeusement déraillé dans la discussion.

Commençons par les ennemis de la hausse. La SNCF va augmenter ses prix jusqu’à 2,6%, neuf fois plus que le rythme de l’inflation : c’est vrai, mais comme l’inflation est presque nulle ça ne veut pas dire grand-chose.

Ensuite, les voyageurs du quotidien seraient les principales victimes… sauf que ceux qui ont des abonnements aux trains régionaux ne sont pas concernés. L’augmentation concernera en réalité les voyages en période de pointe, quand le passager est déjà prêt à payer cher son billet.

Donc les ennemis de la hausse ne sont pas convaincants ?

Oui, mais les arguments des partisans de la hausse ne le sont pas beaucoup plus.

Ils soulignent d’abord que les tarifs n’ont pas augmenté en cette année 2014, au-delà de la hausse de TVA décidée par le gouvernement. Certes, mais beaucoup d’entreprises ont trouvé les moyens d’avaler l’augmentation de TVA.

Ensuite, la SNCF doit mieux entretenir ses trains et investir dans le matériel, l’informatique, le service au client, et pour ça il lui faut plus d’argent. Oui bien sûr, mais elle pourrait faire des choix pour financer ses priorités, comme on sait le faire même au gouvernement.

Pourquoi alors cette augmentation de tarifs, si tout le monde a tort ?

Un train d’arguments peut en cacher un autre. Il y a en réalité deux problèmes majeurs, qui obligent la compagnie ferroviaire à relever ses tarifs. Le premier est un problème interne à la SNCF : l’entreprise est trop rigide, pas assez productive.

C’est vrai pour le travail, même si les cheminots ont bien avancé ces dernières années.

C’est vrai aussi pour le capital. Une rame de TGV à 30 millions d’euros roule cinq heures par jours alors qu’un avion d’une compagnie low cost européenne vole douze heures par jour. Cette inefficacité, il faut la payer.

Et il y aurait, selon vous, un second problème, extérieur à la SNCF ?

Oui, c’est ce que nous attendons d’elle. TGV et proximité, maintenance et investissements, vitesse et arrêt dans toutes les gares… Nos demandes sont multiples, souvent contradictoires, incohérentes et donc coûteuses.

Le plus beau symbole de cette incohérence, c’est la grille de tarifs. Seul un voyageur sur six paie plein pot. Les autres bénéficient de rabais divers et variés. Il y a près de 600 tarifs sociaux pour les billets de train – militaires, familles nombreuses, scolaires ou chasseurs voyageant avec leur chien à la Saint-Hubert.

La hausse des tarifs ne révèle pas l’abandon du service public comme le dit Marine Le Pen. Elle reflète au contraire son trop-plein, et notre incapacité collective à dire aujourd’hui ce que devrait être un service public du transport ferroviaire.

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