Vous revenez sur la proposition que François Hollande a dévoilée lundi soir : la taxation à 75% des revenus au-delà d’un million d’euros.

On peut sans doute dire que cette idée marque un tournant dans la campagne, comme celle de Nicolas Sarkozy d’organiser un référendum pour savoir si ce sont les tribunaux judiciaires ou administratifs qui doivent décider de l’expulsion des étrangers : on quitte le terrain de la raison pour on ne sait où. L’objectif politique est clair. François Hollande et Nicolas Sarkozy sont lancés dans une course sur l’échelle de perroquet des idées clinquantes et clivantes. Tactiquement, en plus, François Hollande durcit le ton pour rester en tête au premier tour en ralliant les voix de gauche. Dans le détail, la taxation à 75% concernerait la partie des revenus supérieure à un million d’euros par part fiscale. Combien de foyers concernés ? La fourchette va de quelques centaines jusqu’à 15.000.

Cela dit, le tour de vis fiscal sur les plus aisés est mondial…

C’est l’attrait que peut exercer cette piste. Elle est très contestable mais aussi difficile à attaquer tant elle semble de bon sens - les plus sévères diront démagogique. Partout, les impôts sont relevés. Les années 70 et 80 de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, qui ont vu conduit à les diminuer, est terminée. Les conservateurs britanniques, la France depuis un an, l’Italie, tous vont dans le même sens. L’image qui a frappé, c’est celle du milliardaire américain Warren Buffet se scandalisant que sa secrétaire paie proportionnellement plus d’impôts que lui. Partout, il y a le besoin de faire rentrer de l’argent et, dans le cas de Hollande, il y a manifestement l’envie de répondre à la provocation de l’explosion des revenus par une autre provocation. Voilà la réponse virile.

Mais cette virilité-là, donc, est risquée ?

Oui ! Plus d’impôt, c’est possible, et les ultra-riches ne vont pas faire pleurer mais 75% serait un record absolu. En Europe, le pays le plus sévère, la Suède, est à 56%. La France est aujourd’hui à 45% et le PS envisageait jusqu’à maintenant de passer à 50%. A 75%, les revenus les plus élevés ne resteront pas en France si personne ne la suit et le conseil constitutionnel pourrait considérer que c’est illégal : la taxation pourrait dépasser 100% avec l’ISF, la CSG et les impôts locaux. Au total, on passerait d’une logique redistributive à une logique punitive.

En conclusion : ce débat cache deux réalités ?

Un : le projet de François Hollande concerne – on en a moins parlé – aussi l’assurance-vie dont les avantages disparaîtraient, avec une fiscalité alignée sur le barème de l’impôt sur le revenu. Des millions de Français, là, sont visés. Deux : si on compte que quelques milliers de foyers seraient touchés par un taux à 75%, cela révèle, en creux, que derrière les patrons du CAC 40 toujours cités (même si certains ne l’ont pas volé), beaucoup d’autres, sportifs, professions libérales, artistes, très gros épargnants, sont bien contents de rester cachés sans avoir les mêmes responsabilités.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.