Laurent Guez, directeur délégué de la rédaction des Echos Week-End et des Echos Business.

Le médiateur nommé par le gouvernement pour sortir de la crise entre les taxis et les VTC vient de remettre ses propositions. La principale, c’est de racheter partiellement leurs licences aux chauffeurs de taxis qui prennent leur retraite. Est-ce la bonne solution ?

Oui, c’est même la meilleure ! Le médiateur (le député socialiste Laurent Grandguillaume) a pris la position opposée à celle qui prévalait jusqu’ici, et qui consistait à séparer nettement les deux modèles, celui des taxis et celui des VTC. Le médiateur propose au contraire de faire converger - à terme - les règles qui s’imposent aux uns et aux autres. Et donc, de supprimer la principale injustice dont sont victimes les taxis, à savoir l’obligation de s’endetter pour s’offrir cette fameuse licence.

L’Etat rachèterait donc ces licences, alors que ce n’est pas lui qui les a vendues !

Absolument. Les licences ont été attribuées gratuitement par l’Etat, et ce sont les titulaires qui les ont ensuite revendues très cher (de 80 000 jusqu’à plus de 300 000 euros !). Le pire, c’est qu’après s’être saignés pour payer leur licence, eh bien aujourd’hui, les taxis actuels ne peuvent plus la vendre. Plus personne n’en veut, compte tenu du succès d’Uber, d’Allocab, de Chauffeur Privé et des autres.

Alors, même si l’Etat n’a jamais touché un sou là-dessus, bon prince, il pourrait faire un geste en indemnisant les taxis qui cessent leur activité. C’est la meilleure façon de sortir de ce type de crise sans empêcher la modernisation du secteur.

Cette méthode peut-elle s’appliquer à d’autres situations ?

Oui, parce que, quand on réforme, il y a toujours des gagnants et des perdants. Et les perdants se démènent pour tout bloquer. Les aider financièrement en rachetant les rentes qu’ils vont perdre, ou en les aidant à se reconvertir, ça coûte un peu d’argent public, mais c’est la bonne méthode. Elle aurait d’ailleurs pu être utilisée pour indemniser les notaires, les huissiers et les greffiers. Vous savez qu’ils vont perdre du chiffre d’affaires, suite à la loi Macron dont le décret a justement été publié hier ! Mais le gouvernement ne leur a rien donné. Il a dû considérer que leurs revenus étaient assez confortables pour encaisser le coup – ce qui, entre nous, n’est pas faux.

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