En deux semaines, des dizaines de millions de Français sont concernés par la modification du "ressenti" de leurs revenus et la hausse de la prime d'activité. Les effets de la redistribution seront-ils plus ou moins perceptibles ?

37 millions de foyers potentiellement concernés par les réformes applicables ces jours-ci
37 millions de foyers potentiellement concernés par les réformes applicables ces jours-ci © AFP / PHILIPPE HUGUEN / AFP

C’est du jamais vu dans notre histoire économique : plusieurs dizaines de millions d’entre nous voient ces jours-ci leurs revenus évoluer nettement ou vont changer d’idée et de référence sur ce qu’ils gagnent. 

Dans le premier cas, on parle des 5 millions de travailleurs pauvres ou modestes qui sont concernés par la prime d’activité, qui sera versée aux alentours du 5 février. Ils bénéficieront d’une revalorisation jusqu’à 100 euros par mois. 

Dans le second cas, il s’agit du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, déjà appliqué à 31 millions de foyers – pour les six millions restants c’est imminent. Normalement, les Français, qui savent calculer, ne seront pas troublés : le revenu final -salaire net moins prélèvement fiscal- n’est pas différent ce qu’il était auparavant. Mais l’effet psychologique sera important, pour ceux qui paient cet impôt en tous cas. 

On ne répondra plus la même chose à la question « combien tu gagnes ? » posée en famille ou entre amis (certes rare en France). Jusqu’à maintenant, tout s’est bien passé, comme promis par Gérald Darmanin, le ministre en charge. 

Mais le point intéressant est qu’entre les aides versées aux uns et les prélèvements effectués sur les autres, la force de la redistribution et de la solidarité nationale sera plus visible pour ceux qui s’amuseront à jouer cartes sur tables. A moins que cela ne soit l'inverse : ceux qui paient l'IR sont-ils plus sensibles à ce qu'ils règlent ou à leur net ?

Ce n’est pas la seule conséquence.  

C’est seulement dans un mois que l’on saura si ces deux réformes freinent ou amplifient la consommation. 

En revanche, chaque contribuable va désormais mémoriser son taux moyen d’imposition, qu’il ne connaissait pas forcément. 

Ensuite, certains découvrent qu’on paie un impôt sur un impôt, car une part de la CSG est taxée à l’impôt sur le revenu pour la rendre un peu progressive. C’est le génie de Bercy (soi on peut dire) pour la bonne cause. 

Autre effet, les niches fiscales, qu’il est de bon ton de dénoncer, sont soudainement apparues bien sympathiques aux contribuables qui ont reçu le 15 janvier un virement correspondant aux réductions d’impôt de l’an dernier. 

Enfin, la retenue à la source a créé un dialogue peut-être intense au sein des couples : le prélèvement se fait désormais sur les revenus de chacun, il est individualisé. La répartition des dépenses en sera peut-être modifiée. Où l’on voit qu’une réforme d’apparence technique a de grands effets.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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