L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien Les Echos. Ce matin, vous nous parlez d’un secteur d’activité qui traverse la crise sans trop de difficulté : c’est l’artisanat. Vous vous souvenez de la chanson d’Alain Bashung dans le film de Pierre Jolivet, c’était il y a dix ans exactement : “ ma petite entreprise ne connaît pas la crise ”. Eh bien voilà, les artisans d’aujourd’hui n’en sont pas à fredonner cet air mais c’est vrai qu’une enquête qui va être publiée dit un peu çà quand même. C’est leur organisation patronale qui a commandé ce sondage qui montre que l’activité des artisans n’a baissé que de 2,5% depuis un an. C’est faible par rapport à tous les autres secteurs, où on a des chiffres d’affaires en recul de 20 à 30% parfois. Vous me direz que l’activité au noir doit fausser un peu les chiffres mais ce qui est important aussi, c’est qu’il y a moins de pessimistes pour l’avenir proche, un peu plus d’un tiers, qu’à la fin de l’année dernière, la proportion était d’un sur deux. Le président l’Union professionnelle artisanale, l’UPA, il s’appelle Pierre Martin, explique d’ailleurs qu’il voit des signes d’amélioration. On dit souvent que les artisans se plaignent toujours, s’ils sont assez contents, c’est que cela va bien ! Comment s’explique cette résistance ? Alors, il y a beaucoup de choses. D’abord, la conjoncture mondiale, la concurrence mondiale ne jouent pas. Ensuite, l’artisanat a abordé la crise avec un décalage. Le bâtiment a toujours six à huit mois de carnets de commandes remplis, tous ceux qui veulent faire des travaux chez eux le savent. Compte la bonne tenue de la consommation, qui rappelle qu’une grande majorité de Français ne sont pas touchés directement par la crise – les journées noires sur la route sont aussi noires que l’an dernier ! La profession veut croire que les grandes surfaces ont moins la cote et que le commerce de proximité est sur une bonne pente. Mais je crois que la souplesse de l’organisation artisanale les protège, ce sont souvent des structures familiales, les coûts peuvent s’adapter au chiffre d’affaires, les patrons ajustent y compris leur revenu. Tous les artisans sont-ils logés à la même enseigne ? Non, bien sûr. Certains métiers sont aussi plus en difficulté que d’autres, ceux qui sont à la fabrication, de pièces de mécanique, de bois etc. Les services vont bien, mais le recul des permis de construire a un impact sur les artisans du bâtiment, les sous-traitants des constructeurs de pavillons. Et puis il y a un secteur qui souffre énormément, ce sont les artisans du transport, les déménageurs, les taxis peut-être. En revanche, une branche a le sourire et l’aura de plus en plus : les travaux publics, le terrassement, parce que le plan de relance du gouvernement, ce sont des travaux. En définitive, on en revient toujours au même constat : c’est l’industrie qui souffre le plus. Oui, un autre chiffre est tombé hier. Le taux d’utilisation des capacités de production, des machines, des équipements, est tombé à 70% au premier semestre dans l’industrie. C’est un plus bas historique. On voit bien qu’il y a deux mondes. Si l’artisanat sait saisir sa chance, il attirera les talents dont il rêve chez les jeunes et qui se détournent souvent de lui.

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