L'édito éco de Dominique Seux des "Echos". __François Fillon a donc réuni son gouvernement hier pour donner le mode d’emploi du grand emprunt national. Et ce rendez-vous avait deux objectifs dans l’esprit du Premier ministre. Politiquement, il voulait montrer qu’il a un rôle à jouer, qu’il existe après la séquence conduite par Nicolas Sarkozy. Economiquement, l’enjeu était encore plus important. Si vous regardez, il y a eu trois interventions de François Fillon en trois jours pour réaffirmer sa ligne, celle du sérieux, du refus de la fuite en avant sur les comptes publics. Vendredi, il affirme que les déficits compromettent la « survie » de nos économies. Samedi, il redit qu’il n’y aura pas d’autre solution pour sauver les retraites que de travailler plus longtemps. Et hier, voilà, il a donné sa lecture du discours de Versailles annonçant un grand emprunt pour financer des dépenses d’avenir. Ce seront des projets dont la rentabilité financière est assurée, des projets d’innovation, pas du tout de fonctionnement, il l’a répété trois ou quatre fois. On a davantage entendu ce que l’emprunt ne serait pas que ce qu’il serait. Une vraie opération de recadrage. Y a-t-il une opposition avec l’Elysée sur ce point ? Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy, dira que non bien sûr. Mais la définition de François Fillon est beaucoup plus serrée que d’autres déclarations ont pu le faire croire. Vous savez, le premier ministre craint que cette histoire de dépenses d’avenir et d’emprunt, de bons et de mauvais déficits, tout ça soit un prétexte pour relâcher toute discipline. Parce que les questions de dépenses publiques ont toujours un peu ennuyé Nicolas Sarkozy qui oppose le dynamisme, l’action, à la rigueur. Pour François Fillon, pas question de financer avec l’emprunt le salaire des enseignants, des places de prison ou des routes supplémentaires, ça c’est du tout-venant. Il faut que les projets soient ciblés. Henri Guaino, lui, avait parlé de mettre dans le pot les contrats de transition professionnelle par exemple. Toutes ces précisions sont-elles nécessaires ? Les arguments de François Fillon doivent être entendus. Il faut bien voir que si l’Etat investit peu, beaucoup moins qu’il y a quinze ans, c’est que l’étau des dépenses de fonctionnement, des subventions, des allocations, aux ménages mais aussi aux entreprises, l’a privé de toute marge de manœuvre. Aujourd’hui, les dépenses publiques représentent 1.000 milliards d’euros. Sur ce total, 55 milliards servent à simplement payer les intérêts de la dette, c’est plus que l’impôt sur le revenu. Hier, François Fillon s’est fait entendre. Mais il n'est pas pour autant certain que les choses soient claires maintenant. Il va y avoir trois mois de débats, avec les syndicats, le patronat, les industriels, les écologistes etc. Chacun va arriver avec sa liste de courses, ses projets. Et à la fin des fins, c’est Nicolas Sarkozy qui décidera, le président s’occupera en direct de son emprunt. Et à chaque fois, la définition du bon investissement sera en question. Un exemple : Patrick Devedjian, le ministre de la relance, ira à Bruxelles cette semaine pour voir s’il serait possible de prolonger la prime à la casse de 1.000 euros pour l’achat d’une voiture neuve au delà de 2009. Dépense d’avenir ou dépense ordinaire ? Je vous laisse chercher la réponse...

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