Vous commentez bien sûr les derniers développements de la situation en Grèce.

C’est une situation qui provoque à la fois de tristesse et de la colère. Tristesse parce que les jours qui viennent vont être très chahutés en Grèce sûrement, et dans le reste de la zone euro peut-être, et qu’on a fait un grand pas vers la sortie de la Grèce de la zone euro. Colère parce que, s’il a depuis le début des vrais arguments à faire valoir dans une négociation, Alexis Tsipras, le Premier ministre, a consciemment ou inconsciemment joué le coup de poker de trop avec son référendum contre le reste de l’Europe. En réalité, ce référendum réjouit deux catégories de personnes. D’abord tous ceux qui pensent que le retour au peuple est par principe une bonne chose quel que soit le moment et la question, et concrètement, là, qu’il ancrera la légitimité du pouvoir de Syriza. Ceux-là se souviennent avec délice de la victoire du non en 2005, en France, contre le Traité européen. S’ils sont logiques avec eux-mêmes, ils ne désapprouveront pas le référendum annoncéen Grande-Bretagne sur le Brexit, la sortie de l’Union. Ensuite, l’idée séduit tous ceux qui y décèlent un coup de génie politique d’Alexis Tsipras. Au nom de la stratégie du faible au fort, la peur des conséquences de la sortie de la Grèce l’emporterait sur tout autre chose et feraient plier les dirigeants européens. Tandis que Angela Merkel, soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, ne voudrait naturellement pas porter la responsabilité d’une faillite d’un Etat européen. Voilà le pari.

Vous pensez pourtant que ce pari est extrêmement risqué.

Oui, parce que les analyses que l’on vient d’évoquer appartiennent à la catégorie des billards à quatre bandes qui sont tellement éloignés du simple bon sens que cela ne marche pas. Un : ce référendum est improvisé, il a été annoncé en pleine nuit, les négociateurs de Bruxelles l’ont appris par Twitter. Deux : il porte sur un texte qui n’existe pas, un projet d’accord ultra- technique entre ministres des finances, pas de niveau politique. Trois : le Premier ministre grec appelle à voter « non », ce qui est un cas totalement inédit. Plus fondamentalement, l’illusion de Syriza est de croire que son arrivée au pouvoir vaut mandat pur obtenir un, d’annuler la dette du pays parce qu’elle serait illégitime et deux, de donner une nouvelle direction à l’Europe. Une partie de l’opinion, notamment en France, le pense aussi. Mais c’est doublement illusoire. Faire voter le peuple grec contre les dix-huit autres pays ne peut pas aboutir à un résultat efficace - quels que soient les torts des négociateurs européens. Alors ? Alors, soit Merkel et Hollande –dont le silence est étrange ce week-end- trouvent une solution pour ramener Tsipras à la table de négociation ; soit c’est la catastrophe – désordonnée ou ordonnée. La Banque centrale européenne en ayant laissé le robinet des crédits ouvert ce matin, croit encore à un miracle. Elle est bien la seule. Oui, tristesse et colère.

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