Ce matin, les trois urgences industrielles.

Jean-Marc Ayrault, qui va recevoir les syndicats et le patronat, aura en tête la formule prêtée à Léon Blum au moment de son entrée à Matignon en 1936, et citée par François Hollande : « C’est maintenant que les ennuis commencent ». Oui, les ennuis commencent, et d’abord avec cette vague de plans sociaux qui s’apprête à déferler. Dépôt de bilan vendredi de l’usine Technicolor d’Angers, mise en redressement judiciaire de Navimo, le spécialiste de l’accastillage marin, faillite redoutée de Doux, le leader européen de la volaille, crainte sur l’usine Aulnay de PSA ... : l’après-élection s’annonce lourd. A dire vrai, l’avant-élection l’a été aussi. Selon le cabinet Trendeo, 106 fermetures de sites industriels ont été annoncées entre janvier et avril, 60% de plus que sur la même période de 2011.

Et donc, la première urgence ?

C’est de ne pas se tromper de diagnostic. En elle-même, la fermeture d’usines (au pluriel) n’est pas significative. Des usines se ferment, d’autres s’ouvrent, à cause du progrès technique, de l’état des marchés – c’est la (froide) histoire économique. Le signal d’alarme, c’est le sens du solde. Sur les trois dernières années, 900 sites ont été fermés, 500 ouverts. Donc, alerte. Mais un autre élément est encore plus inquiétant, parce qu’il montre que notre problème industriel est général. Il est curieux qu’il soit peu mentionné. L’indice de la production industrielle de l’Insee était à un niveau 100 en 2005, il est monté à 105 en 2008, il tourne actuellement autour de 90. Nous produisons moins, nettement moins qu’avant la crise. Inutile de dire que c’est l’inverse en Allemagne. Voilà pour les faits bruts.

Deuxième urgence, sur l’analyse des causes.

Il serait bien que le patronat, les syndicats et le gouvernement, maintenant que la campagne électorale est finie, (qu’ils) parviennent à un minimum de consensus. Les causes de la désindustrialisation font l’objet de discussions passionnées et byzantines : coût du travail élevé, faiblesse de l’innovation, pas assez d’entreprises de taille intermédiaire, accès au crédit. En réalité, ce n’est pas l’une ou l’autre, mais les unes et les autres. Mais il y a d’autres causes, plus cachées. Exemple : en cas de procédure judiciaire, le fisc et les salariés sont des créanciers prioritaires de l’entreprise, bien avant les banques. Cela ne les incite pas à prêter. Mais le dire n’est pas politiquement correct.

Dernière urgence, sur les remèdes...

François Hollande a mis sur la table des propositions, dans le domaine financier, de l’innovation. Encore très générales, elles devront être précisées. En revanche, il prendrait des risques en donnant l’impression que l’environnement sera moins favorable aux entreprises. Il y a la question des prélèvements prévus sur les entreprises ; Il y a le coup de pouce au Smic, qui concernera les seules PME – ni le CAC 40 ni les banques dont les salaires sont au dessus. On verra la taille du pouce. Les ennuis commencent, parce que les choix commencent.

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