Le chômage a encore augmenté le mois dernier. A cette occasion, le ministre du Travail, François Rebsamen, a dévoilé le nouvel objectif du gouvernement : repasser sous la barre des trois millions d’ici 2017. Est-ce que c’est possible ?

C’est tellement souhaitable que l’on a vraiment envie que cela soit possible. La litanie de cette mauvaise nouvelle qui arrive mois après mois est insupportable pour l’ensemble des Français et évidemment pour ceux qui cherchent un emploi. Mais la vérité oblige à dire que ce nouvel objectif sera difficile à atteindre. Michel Sapin, le ministre du Travail précédent, avait promis – avec François Hollande – l’inversion de la courbe. Elle n’a pas eu lieu. François Rebsamen, lui, est beaucoup plus prudent : revenir à 3 millions, cela semble simple ; certains pourraient même penser que c’est scandaleusement peu ambitieux ! En réalité, ce n’est pas gagné à politique inchangée.

Question simple : pourquoi ?

Le nombre de chômeurs selon la définition la plus utilisée s’élève aujourd’hui à 3.364.000. Soit 440.000 depuis l’entrée de François Hollande à l’Elysée. Pour repasser sous la barre des 3 millions, il doit baisser -pas besoin d’avoir fait Polytechnique-, d’environ 400.000 d’ici 2017. Sur quoi compte le gouvernement pour gagner ce nouveau pari ? Une croissance plus forte en 2015 et 2016, autour des 2% ; le crédit d’impôt compétitivité et les nouveaux allégements de charges. Le problème est que dans ses calculs, il y a beaucoup de pointillés. D’abord, la population en âge de travailler, la population active, continue d’augmenter. Ensuite, cette année la croissance est caoutchouteuse, très plate, et parier sur 2% pour la suite, c’est vraiment au doigt mouillé. L’Unedic, de son côté, pense que le chômage va continuer de croître. On le voit, l’objectif des trois millions est donc ambitieux.

Mais Dominique Seux dit pourtant : "difficile à tenir « à politique inchangée »…"

C’est tout le débat à mon avis très violent qui aura lieu dans les mois à venir. Il portera sur les politiques macro et micro-économiques. La politique économique : une partie de la gauche considère que la politique actuelle est suicidaire et qu’il faut une relance de la dépense publique en envoyant balader la réduction des déficits. Mais avec quel argent ? On ne voit pas. Il y aura aussi des économistes et des politiques qui réclameront des baisses massives d’impôt supplémentaires. Mais avec quel argent ? On ne voit pas.

Mais il reste encore la question des leviers micro-économiques.

Au niveau des entreprises. François Rebsamen envisage de geler les obligations sociales nouvelles (délégués du personnel, comité d’entreprise) qui existent quand une entreprise passe le seuil des 20 ou 50 salariés – ce qu’on appelle les seuils sociaux. Disons-le sans ironie : Nicolas Sarkozy a fait la même chose en 2008 au plus fort de la crise. Disons surtout que le gouvernement devra faire tomber bien plus de tabous s’il veut avoir une chance de gagner son pari. Aucun de nous trois n’était né (!), mais vous souvenez-vous du slogan de mai 1968 ? « Il est interdit d’interdire ». Eh bien, dans la situation actuelle, non seulement il est autorisé de ne rien s’interdire mais c’est obligatoire.

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