L'ère Carlos Ghosn est définitivement tournée, dans la douleur : la performance financière remplace l'objectif de volume. 8% des effectifs français partiront. L'enjeu urgent est désormais commercial.

Photo prise à l'entrée de l'usine de Choisy-le-Roi, près de Paris, à côté d'une bannière intitulée "Ne fermez pas l'entreprise". Renault a annoncé le 29 mai 2020 près de 15 000 suppressions d'emplois dans le monde, dont 4 600 en France
Photo prise à l'entrée de l'usine de Choisy-le-Roi, près de Paris, à côté d'une bannière intitulée "Ne fermez pas l'entreprise". Renault a annoncé le 29 mai 2020 près de 15 000 suppressions d'emplois dans le monde, dont 4 600 en France © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Le patron de Renault, Jean-Dominique Senard, a officialisé ce matin la restructuration du groupe. Avec une lecture trop rapide, on pourrait penser que c’est la conséquence du coronavirus. En fait, pas vraiment, ou en tous cas à la marge, parce que la situation de l’entreprise était difficile avant le choc économique actuel.

Et bien sûr, la question qui vient tout de suite à l’esprit est : comment se fait-il que Carlos Ghosn ait été autant porté aux nues comme gestionnaire (on ne parle pas de son comportement personnel), comment est-ce possible alors que Renault va à ce point mal aujourd’hui ? La réponse est double. 

- Un : le marché automobile est le plus concurrentiel au monde, les clients sont rois et exigeants, du coup les places sur les podiums changent vite. Voyez la résurrection de PSA. 

- Deux : la stratégie de Carlos Ghosn, celle des volumes pour devenir numéro un mondial avec Nissan, avait un énorme défaut. Le résultat, a découvert Jean-Dominique Senard, ce sont des surcapacités partout et des coûts fixes qui ont plombé la rentabilité. L’usine de Douai est taillée pour une production annuelle de 400.000 voitures, elle en sort 80.000. A Maubeuge, le possible, c’est 300.000, la réalité c’est 100.000. Et c’est la même chose à Sandouville, sans parler de Dieppe, qui fabrique … 7 Alpine par jour. 

Au total, la capacité de production est de 1,1 million de véhicules en France, Renault n'en produit que 600.000 - 3,8 millions dans le monde.

Du coup, la décision, c’est d’adapter l’outil de production à la réalité des ventes et des comptes. 

- Il y  a un site fermé : Choisy-le-Roi, en région parisienne (dont les effectifs partiront à Flins) ; le site de Caudan, en Bretagne, n'est pas cédé pour l'instant - Jean-Yves Le Drian a manifestement pesé lourd pour temporiser). 

- Il y a 4.600 emplois en moins en France (8% de l’effectif), partagés entre les cols blancs et les cols bleus, et 10.000 autres dans le monde. 

- Le nombre de plate-formes passera de 13 à 4.

C’est de l’amincissement, avec une priorité, la performance financière, avec aussi une décision structurante : arrêter les nouveaux investissements au Maroc et en Roumanie, et concentrer les moyens sur l’électrique, dans l’hexagone. 

L’ambition de Renault est de passer d’une production de 50.000 aujourd’hui à 200.000 véhicules électriques en 2024. Un moteur électrique est rapatrié de Chine en France. 

Est-ce cela peut marcher ?

Ecoutez, il faut d’abord s’habituer à l’idée d’une entreprise plus fragile qu’on le croyait. Evidemment, il faut espérer que cela marche. 

Mais cela ne marchera qu’à condition de séduire les clients. Car l’essentiel à la fin des fins, c’est quoi ? Ce sont les voitures que les Français et le monde entier auront ou pas envie d’acheter. 

L’avenir de l’Espace, de la Talisman, de la Scenic est compromis. Mais l’inusable Clio, le Captur, la Mégane, la Zoe, le Kangoo, le Master marchent bien, comme Dacia avec son Duster et sa Sandero. Vingt-deux lancements sont prévus sur trois ans.

A la tête de Renault depuis 500 jours, Jean-Dominique Senard a déjà fait une partie du chemin en retissant de nouveaux liens avec Nissan. Le travail des 500 prochains jours sera commercial. Ce sera le job du nouveau directeur général qui arrivera le 1er juillet, Luca de Méo.

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