Vous revenez sur l’annonce, hier par l’Insee, du record battu par le taux d’épargne des Français. Un record vieux de trente ans.

Ce taux, l’année dernière, a culminé à près de 17%, un score qui n’avait pas été atteint depuis 1983. Sur 100 euros, les ménages ont mis de côté 17 euros, qu’ils n’ont pas dépensé, en clair qu’ils ont placés ou qu’ils ont consacrés à rembourser des emprunts immobiliers. Ce chiffre, c’est une histoire à tiroirs qui livre aussi quelques indications politiques. Alors, d’abord, pourquoi les Français épargnent-ils autant ? L’explication immédiate est simplissime : c’est une épargne de précaution, les Français ont peur du chômage, des déficits, de la dette et ils ont eu peur de la crise de l’euro ; du coup, ils mettent de côté par prudence. Simplissime, et un peu court aussi...

Vous voulez dire que si les Français épargnent, c’est qu’ils ont des revenus ?

Oui. Si le taux d’épargne a grimpé, c’est que les revenus aussi. C’est une lapalissade, mais c’est un constat contraire à ce que l’on entend sur la baisse du pouvoir d’achat ; contraire à l’image selon laquelle les Français piochent dans leur bas de laine, cherchent sous leur matelas pour faire leurs courses en période de crise. Concrètement, cela veut dire que même les retraités, gros épargnants, peuvent mettre de côté parce que leurs pensions sont confortables. Un bémol, ici, est nécessaire : tout ceci sont des moyennes, tous les Français n’épargnent pas, ce sont les plus aisés, un nombre important sont en vraie difficulté. Mais collectivement, en 2011, nous avons plus épargné que nous ne l’avions fait depuis 30 ans.

C’est donc une bonne nouvelle ?!

Pas forcément, troisième clé du tiroir ! D’abord, on peut imaginer qu’un certain nombre de gens ont renoncé à acheter un logement, devenus trop chers, et ont épargné. Là, c’est une épargne de déception, pas de précaution. Surtout, ce taux d’épargne signifie que les ménages ont eu des revenus qu’ils n’ont pas dépensés. Or, le gouvernement, entre 2008 et 2010, a tout fait pour distribuer du pouvoir d’achat (RSA, revalorisation de prestations sociales, baisses d’impôt pour les faibles revenus) pour qu’il soit consommé. Les ménages en ont décidé autrement. C’est un demi-échec. Attention : on ne parle pas de miettes de pain, de peccadilles : un point d’épargne pèse 13 milliards d’euros.

Quels sont les enseignements à tirer ?

Un de politique économique : un taux d’épargne élevé est positif à long terme, il garantit la stabilité économique. On se souvient que les Etats-Unis, en 2005, avant la crise, avait un taux d’épargne de 1%, on a vu où cela les a conduits. Mais à court terme, un taux d’épargne record est plus compliqué à gérer. Deux, de politique tout court : toute hausse d’impôt qui concerne tous les ménages pèse sur la consommation ; mais la simple perspective de hausse d’impôt fait aussi monter le taux d’épargne, à titre de précaution. Donc attention, avertissement à tous ceux pour qui, relever les « P.O », les prélèvements obligatoires, constitue l’EPO de la baisse des déficits. C’est un dopant dont il faut doublement se méfier.

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