Les destructions de radars sur les routes coûtent très cher à l’Etat, plus de 660 millions d'euros. Outre le lien, à confirmer, avec la hausse de l'accidentialité, c'est un défi à l'Etat de droit et à l'esprit de civilisation.

A Bédée, dans l'ouest de la France, un radar fixe recouvert de ruban adhésif et un sac en plastique après avoir été vandalisé en janvier 2019
A Bédée, dans l'ouest de la France, un radar fixe recouvert de ruban adhésif et un sac en plastique après avoir été vandalisé en janvier 2019 © AFP / Damien Meyer

Le gouvernement a publié hier le bilan de l’accidentalité routière en février, avec une forte hausse du nombre des morts et des blessés. On reviendra dans un instant sur le lien -ou pas- entre ce bilan et le vandalisme qui depuis l’été, mais surtout ces tous derniers mois, a mis hors d’usage 60% des radars. 

Mais Bercy a fait ses calculs et selon des informations des Echos, plus de 660 millions d’euros ont aussi été perdus ou seront perdus le temps que les machines soient remises en route si elles le sont. 200 millions fin 2018, près de 500 millions cette année. C’est énorme. Cet argent manque déjà pour rénover les infrastructures de transport. 

Osons-le mot : la destruction de radars est le fait d’abrutis, et si les Gilets Jaunes n’en sont pas les seuls auteurs, il y a une coïncidence troublante dans le temps. 

Naturellement, comme tout le monde j’imagine, j’ai été flashé, j’ai été verbalisé, j’ai râlé et même plus, mais je sais qu’à chaque fois il aurait suffi de respecter le code de la route ou d'être attentif pour ne pas être verbalisé. 

Le respect des règles dans ce domaine, c’est le minimum de la sociabilité, de la civilisation, disons-le du vivre ensemble –au sens figuré et au sens propre–, vivre ensemble pour ne pas mourir.  

Justement, quel lien entre les accidents de février et les radars ? Il faut être prudent, parce qu’un ou deux mois ne suffisent pas, parce qu’il faudrait avoir des éléments route par route, mais c’est la conviction de la sécurité routière elle-même, au moins en partie. Je la cite : l'effet de la forte dégradation des radars fixes s'amplifie et se traduit par un relâchement des comportements sur l'ensemble des réseaux. Fin de citation. 

C’est un élément parmi d’autres, la météo en est un autre. Mais s’il n’y a eu « que » 37 morts en plus en février, on en parle moins, il y a 889 blessés en plus, ce n’est pas à prendre à la légère. Certains diront que la faute en incombe aux 80 kms heure et à une révolte du reste du pays contre une décision imposée par Paris. 

C’est une mauvaise excuse, parce que :

1- les 80 kms devaient être testés pendant deux ans, un bilan sera fait à la fin. 

2 - ces saccages ultravisibles qui provoquent une mauvaise jubilation quand on lève moins le pied, ces saccages ont une violence symbolique extraordinairement forte, celle d’un défi à l’Etat de droit, au même titre que la fraude et l’évasion fiscale ou sociale. Ils et elles sont inexcusables.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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