Un accord européen a été conclu hier, qui va accorder 85 milliards d’euros à l’Irlande. Cet accord institue un mécanisme permanent de sauvetage après 2013 et décide que les créanciers privés pourront être mis à contribution.

Tout cela avec l’objectif d’éviter que la contagion ne s’étende partout. Ce matin, pour être honnête, on ne sait pas si la zone euro, qui marche depuis des semaines au bord du précipice, a fait un pas pour s’en éloigner ou va finir par tomber au fond. Les raisons de pessimisme ne se sont pas envolées d’un coup ! Une formule du patron d’une grande institution internationale résume bien («off») les choses : « Quand l’euro a été créé, tout le monde pensait que la zone euro deviendrait une grande Allemagne. On découvre que c’est peut-être une grande Grèce ». C’est exagéré, mais il est pathétique de voir que les pompiers sont obligés d’aller de pays en pays. 85 milliards pour l’Irlande, c’est presque autant que pour la Grèce, pays trois fois plus gros. Tout aussi invraisemblable, sur les marchés, la Grèce est jugée plus risquée que la Jamaïque, l’Espagne que le Liban, la Belgique que le Panama. Au final, le plan d’urgence d’hier est le fruit d’une grande peur et il faudra peut-être aider le Portugal pour protéger l’Espagne.

Et si on se force à voir le verre à moitié plein ?

Il y a un point clair : la volonté d’unité affichée après les cafouillages de ces dernières semaines , unité construite sur le tandem franco-allemand, avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à la manœuvre et José Manuel Barroso au milieu du couple. En quelques mois, l’Europe a changé de nature, et un nombre important de tabous ont sauté. Il faut se rappeler que l’idée d’aider un Etat en difficulté était interdite (le «no bail out»), elle ne l’est plus : c’est, premier tabou, la solidarité financière. Le deuxième tabou qui saute, c’est la création d’un mécanisme de sauvetage permanent et non plus temporaire. Le troisième tabou, c’est le fait que soit envisagée une restructuration des dettes, avec des créanciers privés qui ne seraient plus remboursés (ce que voulaient les Allemands) mais pas automatiquement, au cas par cas (ce que voulaient les Français) –ce qui veut dire au passage et implicitement qu’on se rend compte que les plans de rigueur ne marcheront peut-être pas. L’Europe veut sauver l’euro, un acquis immense malgré tout.

Alors, verre à moitié vide ou à moitié plein ?

Peu importe en fait, parce qu’il faut le boire ! Le coût politique, économique, historique d’un échec serait tel qu’il n’est pas envisageable. Hier, l’Europe a mis en place un mécanisme de résolution des crises comme, dans un règlement de copropriété, on prévoit des procédures pour résoudre les différents dans un immeuble. Evidemment, il aurait fallu y penser depuis dix ans quand sous les yeux de tous, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ont construit leur forte croissance en partie sur du sable, des illusions et des bulles – immobilière et bancaire. Comme, depuis dix ans, la France laisse dériver ses finances publiques. Cette journée d’aujourd’hui sera tendue sur les marchés financiers. Mais, en fait, c’est bien cette question qui est posée : inventer un modèle européen de croissance. Sans cela, c’est le précipice assuré.

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