A la CFDT, François Chérèque a passé hier soir le relais à Laurent Berger après dix ans à sa tête.

Oui et si on en parle peu, c’est que la transition se fait en douceur - rien à voir avec la CGT, la CGC sans parler de l’UMP. On a une organisation de 860.000 adhérents qui assume son réformisme tranquillement : nouvelle tête, mais la ligne reste la même. Après dix ans, deux quinquennats, quel est bilan pour François Chérèque ? Disons-le : il est solide, il est bon. Mais en même temps, Chérèque n’a pas innové, transgressé, comme l’avait fait Edmond Maire en rompant avec l’autogestion, ou Nicole Notat en négociant tous azimuts avec le patronat. Si j’ose des comparaisons, dans le cinéma, Chérèque serait Jean Rochefort, excellent, mais il n’a pas inventé un nouveau style de jeu ; en tennis, ce serait Jo Wilfried Tsonga, dans les huit premiers mondiaux, mais on ne le voit pas numéro un !

On va aller un peu plus loin dans le détail. Dans la colonne des « plus », que peut-on mettre ?

Le courage. François Chérèque l’a prouvé sur les retraites en 2003 alors que les autres syndicats et le PS lui tapaient dessus. Il l’a payé cher mais personne, évidemment, n’est revenu sur la réforme. Il en a beaucoup voulu à François Hollande pour son manque de courage à l’époque, justement. Petite vengeance, pendant les primaires socialistes, il disait du bien d’Aubry, qu’il voyait en Merkel française ! Le courage, Chérèque le montre aussi par exemple sur le dossier des intermittents du spectacle, dont l’indemnisation chômage coûte les yeux de la tête à tous les autres salariés avec la complicité des pouvoirs publics. Plus largement, il a toujours défendu la supériorité de la négociation par rapport à la contestation en se refusant à faire briller le mirage des lendemains qui chantent. Il a peu goûté que Nicolas Sarkozy privilégie la CGT, qui a roulé l’ancien président « dans la farine » sur les régimes spéciaux de retraite.

Et si on regarde du côté de la colonne des « moins » ?

Il y a à mon avis deux échecs. D’abord, François Chérèque n’a pas incarné, ou fait émerger, des idées, un projet de société, comme la CFDT avait été le creuset de la deuxième gauche autrefois, avec des intellectuels comme Pierre Rosanvallon. Le paradoxe est que Chérèque devrait devenir président du think-tank de gauche Terra Nova ! Ensuite, la CFDT, avec la CGT, dominent largement le jeu syndical (Force ouvrière a un peu disparu), mais la négociation reste une affaire nationale, interprofessionnelle, pas au niveau de l’entreprise ou de la branche. C’est la grande différence avec l’Allemagne ou les pays nordiques, rien n’existe si ce n’est pas à Paris dans ces nuits interminables et ultra-médiatisées. Les discussions actuelles chez Renault ou ailleurs montrent que les entreprises auraient leur mot à dire elles aussi.

Quel est le plus grand défi pour le nouveau patron de la CFDT, Laurent Berger ?

Terrible. Il est le même que pour ses homologues syndicalistes. Le taux de syndicalisation tourne de 5% dans le secteur privé (15% dans le secteur public) et plus de la moitié des adhérents seront à la retraite d’ici dix ans.

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Le blog de Dominique Seux

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