L'édito éco par Jean-Marc Vittori, du journal « Les Echos ». _____Nicolas Sarkozy a donc annoncé hier son plan emploi, avant la publication, demain, des chiffres du chômage de septembre qui s'annoncent très mauvais. Pourquoi ça va si mal si vite pour l'emploi ? D'abord parce que la crise est brutale. Jusqu'à l'été, beaucoup de chefs d'entreprise disaient que tout allait bien chez eux. Depuis la rentrée, changement de ton. Ils lisent la crise dans leurs carnets de commande et dans les yeux des banquiers. Au troisième trimestre, le nombre d'impayés a été supérieur de 125% à celui de l'an dernier. Les missions d'intérim ont chuté de 10% à la rentrée. Bref, c'est le scénario noir d'un retournement rapide qui se met en place. 50.000 emplois devraient disparaître pendant la seconde moitié de l'année, alors qu'il s'en était créé près de 100.000 pendant la première moitié. Et les Français le savent bien, comme le montre l'enquête Insee publiée hier. Le chômage va redevenir la première inquiétude, devant le pouvoir d'achat. Et c'est partout pareil. A crise mondiale, baisse mondiale de l'emploi. Les Etats-Unis comptent maintenant 6% de chômeurs, plus très loin de nos 7%. Mais il y a, hélas, en la matière, une vraie faiblesse de la France. Le taux de chômage y est l'un des plus élevés de l'Europe. Le pays a bien créé près de 400.000 postes de travail l'an dernier et près de 300.000 en 2006. Mais tout ça pourrait bien se révéler fragile à la première bise. Et là, ce n'est pas une bise qui est venue, mais la tempête. Pourquoi cette fragilité de l'emploi en France ? Parce que nous avons un marché du travail qui marche mal, et depuis longtemps. C'est un peu comme si vous allez chez le dentiste parce que vous avez un peu mal aux dents. Le dentiste vous dit qu'il faut soigner ça en profondeur, que ça fera un peu mal mais que ça ira mieux après. Mais si vous n'avez pas le temps, il peut vous faire un petit plombage qui tiendra ce qu'il tiendra. Eh bien en France, on fait plombage sur plombage sur l'emploi depuis des décennies. On parque les jeunes dans les universités, on pousse les vieux à la retraite même quand ils ne sont pas vieux, on crée des emplois publics à la pelle, on réduit le temps de travail puis on promeut les heures sup, on augmente sans cesse les cotisations sociales et on augmente en même temps les abattements car ça finit par coûter trop cher aux entreprises. Bref, on bricole. Et aujourd'hui, c'est ce bricolage qui est à bout de souffle. Soyons francs : à gauche comme à droite, tout le monde sait qu'il faut faire respirer le système. Et que ça fait mal au début. A vrai dire, Nicolas Sarkozy a essayé, en lançant plein de chantiers à la fois. Et il entend bien continuer. Mais comme le dit l'économiste Pierre Cahuc, la crise arrive trop tôt pour lui. La priorité, c'est de soulager la douleur sociale avec de nouveaux emplois aidés. Et la France risque de garder son problème de dents pendant encore un bout de temps.

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