Où en est le fameux grand emprunt ?Ca avance doucement. La commission Juppé-Rocard, qui doit dire à quoi servira l’argent emprunté, s’est réunie hier. Mais elle a traité seulement deux des quatorze points à l’ordre du jour. Il va falloir cravacher si elle veut rendre ses propositions avant la mi-novembre. On sait déjà les grands thèmes – la recherche, l’université, la croissance verte, les technologies de l’information. Et c’est vrai que les besoins sont immenses. Est-ce que vous êtes allé récemment à la Sorbonne, Alain ? Réponse Alain… Vous avez sans doute vu le splendide grand amphithéâtre, avec sa gigantesque toile de Puvis de Chavanes, ou peut-être le joli amphithéâtre Richelieu, tout en bois. Mais quand vous allez un peu plus loin, dans les salles de travaux dirigés ou dans les toilettes, la peinture s’écaille, la lumière est déglinguée, c’est une honte. Et encore, c’est la Sorbonne, vous imaginez comment c’est ailleurs. Donc oui, il y a des endroits où il est urgent d’investir. La commission Juppé-Rocard va-t-elle faire les bons choix ? C’est ici que ça commence à devenir compliqué. D’abord, j’ai un peu de mal à comprendre comment 21 esprits brillants, ayant une moyenne d’âge de 56 ans, vont pouvoir trouver les moyens de dépenser efficacement des dizaines de milliards d’euros en fonction des priorités non d’aujourd’hui, mais d’après-demain. Ca ne s’est jamais vu nulle part. Ensuite, ils sont soumis à d’intenses pressions. Tous les lobbies de France ont monté leur projet en espérant récolter leurs subventions, avec toujours d'excellentes propositions. Le grand emprunt risque de ressembler à une émission de télé qui pourrait s’appeler " Qui veut gagner des milliards ". Enfin, quand on parle à des gens qui ont l’habitude de financer des projets, ils disent qu’on pourrait dépenser efficacement quelques milliards par an. Mais pour le grand emprunt, on compte en dizaines de milliards. Est-ce qu’il faut tout arrêter ? Moi, je trouve que la France fait déjà beaucoup d’emprunts. Au cours du seul mois d’octobre, l’Etat a levé 16 milliards d’euros et l’an prochain il va devoir emprunter plus de 200 milliards. Mais ce n’est pas moi qui décide. Si on veut vraiment faire ce grand emprunt, alors il faut s’interroger plus avant sur les moyens de dépenser vraiment efficacement. Ca suppose de définir précisément qui donne l’argent, sur quels critères, avec quel contrôle et quelle évaluation des résultats. Est ce qu’il faut un nouveau ministère, ou des antennes dans chaque ministère, ou des agences indépendantes : tout ça reste à définir, et c’est très important pour que l’emprunt soit une réussite. Et pour la dette publique ? Là, il faut aussi trouver le moyen d’empêcher une nouvelle dérive. J’aime bien la proposition qu’a faite hier dans les colonnes des " Echos " l’économiste Jacques Delpla : il dit que l’Etat peut emprunter beaucoup d’argent d’un coup, mais à condition qu’il prenne l’engagement dans la Constitution de revenir à l’équilibre budgétaire, ou d’avoir un déficit plafonné à 1%, quand ça ira mieux. Avec bien sûr des dérogations possibles en temps de récession, comme en ce moment. On a presque envie de dire au gouvernement et à Nicolas Sarkozy : chiche !

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