Il y a quelque chose d'étrange dans les débats actuels sur les mesures fiscales du Budget. Comme s'il y avait deux poids deux mesures selon que l'on est riche et connu ou au bas de l'échelle salariale et discret. Les Pigeons, ces entrepreneurs menacés par la taxation des plus-values quand ils revendent leur société, (les Pigeons) se sont fait entendre et le gouvernement a reculé. Il a bien fait. En revanche, la re-fiscalisation des heures supplémentaires suscite de l'indifférence. Or, d'ici mercredi soir, des millions de salariés constateront, comme fin septembre, une baisse de la ligne « net à payer » au bas de leur bulletin de paie. Honnêtement, cela n'émeut pas les foules.

Peut-être parce qu'il ne s'agit que de quelques euros.

Oui, c'est l'idée qui circule. Eh bien, elle est fausse. Une journaliste des Echos, Marie Bellan, a regardé de près et on s'aperçoit que le retour des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu sur les heures sup, ce sont 40 euros de moins par mois pour un smicard qui travaille 39 heures. 100 euros pour un technicien ou un agent de maîtrise. Au total, c'est une baisse moyenne du pouvoir d'achat de 3% pour les salariés des petites entreprises. La restauration est très concernée (on en parle dans tous les restaurants de Paris pour les plongeurs, les serveurs), l'industrie, mais aussi les enseignants, les internes des hôpitaux etc. C'est très concret. D'où la question : les Pigeons, est-ce que ce ne sont pas aussi eux ? En quelque sorte des pigeons de la France d’en bàs.

Bon, la fin de la défiscalisation fait mal. Mais le problème, n'était-ce plutôt la mesure Sarkozy de défiscalisation de 2007 ?

La mesure de l'été 2007 était bancale. L'ex président l'avait décidée pour contourner les 35 heures. La plupart des économistes étaient contre, les libéraux parce qu'elle n'allait pas assez loin, les keynésiens parce qu'elle poussait les entreprises à préférer les heures sup aux créations d'emplois. En réalité, cela a été un complément de revenu.

Mais avec un cout énorme, 4 milliards d'euros.

Oui… Donc, sur le plan intellectuel, la suppression de cette mesure est logique. Le problème est que l'on peut avoir raison sur le plan intellectuel, mais tort, en ce moment, sur le plan économique, social et politique. Outre la question du pouvoir d'achat, il y aura une conséquence de la re-fiscalisation sur la consommation. Si la droite avait décidé un prélèvement de 4 milliards sur les salariés modestes et moyens, cela aurait fait du bruit ! Bref, il est étonnant que cela n'ait pas été plus évalué.

Pour finir, un mot sur l'appel lancé hier par 98 très grands patrons dans le JDD.

Un appel pour baisser le coût du travail. Cet appel a été chaperonné par l'Afep, qui représente les grandes entreprises. L'Afep est présidée par Pierre Pringuet, patron de Pernod Ricard qui a travaillé quatre ans avec Michel Rocard. A ma connaissance, ces patrons n'avaient pas pris la parole de cette façon depuis onze ans.

Alors que va-t-il se passer ?

Comme d'habitude, cet appel sera ridiculisé, discrédité, en tous cas minimisé puisque, ici, la voix d’un obscur élu ou d’un responsable de parti - de droite ou de gauche - pèse plus lourd que celle d’un dirigeant d’entreprise

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