EDF a commandé un rapport sur la construction de la centrale nucléaire de Flamanville, et ça décape…

La centrale nucléaire de Flamanville
La centrale nucléaire de Flamanville © AFP / Lou Benoist

Tout y passe. Il suffit de lire les têtes de chapitre du rapport que Jean-Martin Folz a remis hier au Pdg d’EDF, Jean-Bernard Lévy.  « Une estimation initiale irréaliste ». « Une gouvernance de projet inappropriée ». « Des équipes de projet à la peine ». Ravageur.

Le chantier devait durer 4 ans et demi, finalement l’ouverture de l’EPR de Flamanville se fera quinze ans après, en 2022 si tout va bien. Pendant ce temps, le coût est tranquillement passé de 3 à 12 milliards d’euros.

C’est bien sûr une catastrophe pour la filière nucléaire française. C’est aussi très ennuyeux pour Emmanuel Macron, parce que la décision éventuelle de construire de nouvelles centrales pour rénover le parc nucléaire doit en théorie être prise en 2021. Il ne pourra pas le faire à l’aveugle.

De quoi faire sauter un Pdg ? Au contraire, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a renouvelé sa confiance à Jean-Bernard Lévy en lui demandant un plan d’action sur la gouvernance des grands projets d’EDF. 

Malgré cet échec, personne n’est sanctionné ?

Ça serait pratique d’avoir un bouc-émissaire. Mais ce n’est pas un patron qui est en cause, à plus forte raison celui qui a pris les manettes il y a cinq ans. Le problème est bien plus grave, c’est la perte de compétences généralisée de toute la filière nucléaire française. 

Entre Flamanville et le chantier précédent à Civeaux, il a fallu attendre 16 ans. Une éternité. Comment les bureaux d’étude, les fabricants de composants, les ingénieurs d’EDF ont-ils employé ce temps ? De la maintenance. Des plans sur la comète. 

Et puis il y en a qui sont partis à la retraite. On ne les a pas forcément remplacés. Ou bien on les a remplacés par des salariés qui n’ont pas pu se faire la main sur des chantiers nouveaux.

On l’ignore mais nos grandes entreprises n’ont souvent pas d’autre choix que de rappeler des retraités, des techniciens très pointus. Quand elles y parviennent, elles leur font des ponts d’or pour retrouver le savoir-faire oublié, pour donner le mode d’emploi d’une machine. Mais parfois il n’y a plus d’expert.

EDF et le nucléaire français, c’est bien l’une des versions du drame de la désindustrialisation.

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