L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Le week-end a encore été extrêmement chargé sur le front de la crise financière. Le week-end... et la nuit, puisqu’une fois de plus, les événements se sont accélérés juste avant l’ouverture des marchés boursiers australiens et asiatiques, donc en pleine nuit pour nous. Alors, où est-on ? Sur le plan politique, les choses ont bien avancé. Le plan Paulson, le plan de la dernière chance du gouvernement américain, sera voté aujourd’hui après l’accord intervenu cette nuit. L’objectif, c’est de racheter les créances pourries de Wall Street. Son détail est donc connu et on verra comment les marchés réagissent aujourd’hui. Attention tout de même, ce n’est qu’une première étape pour restaurer la confiance. La seconde, c’est que les banques recommencent à se prêter de l’argent entre elles pour réamorcer la pompe du crédit. Sur le plan Paulson, deux remarques, au-delà du retour de l’Etat. Un : la course contre la montre qui s’est engagée entre le temps de la finance, des marchés boursiers, ultra-rapide, et le temps politique, plus lent d’habitude. Il a fallu cette fois moins d’une semaine pour avoir, en pleine campagne électorale, un accord bi-partisan. C’est une accélération qui montre la gravité de la crise mais aussi une preuve du fonctionnement de la démocratie américaine. Deuxième remarque, qui nous intéresse, nous, ici : c’est le pouvoir du Congrès. Il a changé le plan Paulson, il l’a trituré, modifié dans tous les sens. Un exemple : Georges Bush demandait 700 milliards de dollars, il aura 350 milliards seulement dans un premier temps. Pour le reste, il faudra revoter. Pour protéger le contribuable. Et puis, les démocrates ont rajouté un volet qui allège les emprunts des particuliers propriétaires. Ça, c’est le volet politique pour colmater les brèches. Côté économique, la crise s’étend. On dit beaucoup que la planète finance était depuis longtemps sur un volcan. Aujourd’hui, elle est plutôt debout sur un glaçon en train de fondre tellement il y a de banques qui coulent. On ne les compte plus aux Etats-Unis. Ce week-end, c’est en Europe que la crise s’est déplacée, avec deux nationalisations. Celle en Grande-Bretagne de la banque Bradford and Bingley, un million d’épargnants. Et celle de Fortis, groupe belgo-néerlandais, une des toutes premières banques européennes. Dans les deux cas, on y revient, les autorités publiques ont été aux premières loges. On a vu Jean-Claude Trichet, président de la BCE, assister à un conseil des ministres belge hier soir ! L’affaire a été suivie de près à Bercy et Matignon, parce que la BNP était sur les rangs. Qu’en est-il des banques françaises ? Quand on le dit, cela fait un peu langue de bois mais elles apparaissent dans l’ensemble assez solides. Pour l’instant, la facture du subprime, c’est environ 17 milliards d’euros pour les 6 plus grandes banques françaises. Et ce coût a été absorbé. En dehors de Natixis et de Calyon, elles avaient peu touché aux produits toxiques. Ces dernières années, elles ont plutôt investi à l’Est ou au Maghreb. Mais naturellement, on dit cela avec des pincettes... Ce qui se passe depuis un mois invite à la prudence !

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