**Le futur patron d’EDF restera également patron de Veolia, cela a été confirmé hier soir… Est-ce une bonne décision, Dominique ?Disons que c’est une décision un peu curieuse qui pose des questions pour l’avenir. Rappelons les faits : dimanche soir, Henri Proglio, patron de Veolia, a été désigné comme successeur de Pierre Gadonneix par le conseil d’administration d’EDF, en clair l’Etat. Et hier soir donc, le conseil d’administration de Veolia, entreprise privée numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets, des ordures ménagères, a donné son accord à l’unanimité pour réorganiser ses organes de direction. Henri Proglio était PDG de Veolia, il sera président de Veolia. Président non exécutif, mais président quand même. Saisi, le comité des rémunérations de l’entreprise va trouver une solution, on l’espère, qui ne fasse pas scandale. Ce n’est pas l’homme qui est en cause, il a sauvé la branche eau de ce qui s’appelait autrefois la Générale des Eaux. Mais une question simple est posée : un seul homme peut-il diriger 500.000 personnes, 340.000 chez Veolia et 160.000 chez EDF, travaillant dans deux entreprises ? Non. Ce ne sont pas les seules interrogations…Il y en a une autre très pratique : comment va réagir le maire d’une ville moyenne qui devra négocier avec le patron à la fois d’EDF pour son électricité et de Veolia pour l’eau ou le ramassage des déchets ? Il ne sera pas heureux d’avoir en face de lui quelqu’un d’aussi puissant. Second point : cette idée du « un siège pour deux », deux entreprises, est justifiée, dit-on, par la volonté de rapprocher, justement, les deux sociétés. A l’issue d’un meccano qui fait intervenir une de leurs filiales commune, EDF se retrouverait avec environ 15% du capital de Veolia, et si on ajoute les 10% de la Caisse des Dépôts, l’Etat contrôlera de fait cette entreprise privée. Comme il contrôle déjà le frère ennemi, le groupe Suez-GDF, cela fait beaucoup ! Enfin, si on veut chercher la petite bête, ou plutôt la grosse dette, il est bizarre de rapprocher deux entreprises solides mais très endettées. Mais il y a bien une stratégie derrière tout cela ?Rien n’est dit, on ne peut donc formuler que des hypothèses. La première qui vient à l’esprit – le chef de l’Etat nomme un ami – ne tient pas vraiment : Henri Proglio est plutôt proche de Jacques Chirac. La deuxième est celle de Jean-Louis Borloo et d’Henri Proglio lui-même. Le but, c’est de colorer EDF en vert. L’avenir de l’électricien n’est plus seulement de vendre de l’électricité mais aussi de l’eau propre et de trier les déchets. Sauf que l’idée de vendre en même temps du nucléaire et de la déchetterie fait sourire. C’est donc pour une autre raison que le Meccano a été monté. Henri Proglio est excellent à l’international. Et Nicolas Sarkozy veut un industriel pour vendre le nucléaire français dans un monde qui y revient. Aujourd’hui, plus de 400 centrales tournent dans le monde, mais plus de 250 sont en projet. Et comme Henri Proglio ne voulait pas quitter Veolia, il y reste. Et il y a une cerise sur le gâteau…Henri Proglio a le soutien ou la neutralité de la CGT, qui aime les vrais industriels. Et si cela peut garantir la paix sociale à EDF d’ici 2012, Nicolas Sarkozy n’avait pas de raison de refuser. Tout cela compte, mais il est temps que l’Etat clarifie et expose sa stratégie.**

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