Le gouvernement a donc présenté les comptes de la sécurité sociale pour 2011. Le gros morceau, ce sont les mesures pour l’Assurance maladie.

Une question simple : est-ce un projet sérieux ?

Avec des lunettes normales, dans un pays normal, dans une époque normale, la réponse serait à l’évidence "non". Les chiffres ont déjà été largement donnés depuis hier. Mais quand même : le déficit total de la Sécurité sociale dépassera les 25 milliards d’euros l’an prochain, année où l’on espère une reprise économique. Imaginez sans reprise, si on prend la seule branche Assurance maladie, le déficit sera plus élevé en 2011 qu’en 2010 ! Enfin, le projet transfère une partie des déficits vers la CRDS, la cotisation sociale ad hoc pour éponger les dettes. La durée de vie de cette CRDS devrait être encore allongée de quatre ans, jusqu’en 2025 – si c’est voté. C’est une vraie drogue douce puisque le total des déficits passés, présents et futurs qu’elle supporte atteint 265 milliards d’euros. Non, si on regarde froidement les comptes, ce n’est pas sérieux.

Et si on le regarde, ce projet, un peu moins froidement ?

Avec un peu d’indulgence, il y a plusieurs choses à mettre quand même au crédit –ou à la décharge si on veut- du Gouvernement.

La première est évidente : le déficit de la Sécurité sociale s’explique en partie par celui des retraites, et la réforme en cours doit justement l’éliminer ce déficit.

Le deuxième point est qu’il faut reconnaître que les dépenses de l’Assurance maladie sont à peu près tenues.

Le troisième point est le plus important –et c’est plus un constat qu’autre chose. Avec ce budget de la Sécurité sociale, Nicolas Sarkozy a décidé, politiquement, de renvoyer à plus tard le sauvetage de l’Assurance maladie et, économiquement, de poursuivre dans la voie empruntée ces dernières années qui est : distinguer de plus en plus les gros et les petits risques de santé. Ce qui veut dire avec des prises en charge des dépenses de plus en plus différenciées. Ces dernières années, la part des dépenses de santé financées par l’Etat n’a pas tellement baissé. Mais comme ces dépenses ont globalement augmenté, les mutuelles sont plus chères et il faut mettre directement plus la main au portefeuille. Surtout, dans le détail, la collectivité continue de financer presque totalement les soins sur les maladies graves comme le cancer, avec un coût limité pour les patients. Mais cela se fait au détriment de la prise en charge des petits soins, des maladies « ordinaires ». La baisse des remboursements sur les vignettes bleues (le Smecta, le Spasfon) comme les taxes sur les mutuelles (qui seront répercutées), vont dans ce sens. Ce partage est un choix de société. Mais attention : il ne tient que si les jeunes bien portants qui en ont de moins en moins « pour leur argent », continuent de l’accepter.

De toutes façons, n’est-ce pas une hausse des impôts qui sera au bout ?

Cela ne fait aucun doute. Le déficit est tel que l’on n’échappera pas en 2012 à un relèvement de la CRDS ou de la CSG, sachant que le déficit de la maladie équivaut à un point de CSG. Cette hausse aura lieu avec la droite comme avec la gauche. Mais c’est aussi la raison pour laquelle la gauche, si c’est elle, ne pourra pas aussi augmenter les cotisations pour remplacer la réforme des retraites.

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