Valérie Pécresse et François Baroin ont donc présenté hier le projet de loi de finances pour 2012. Est-ce un bon budget ?

Globalement, oui, mais cela dépend pour qui ! C’est un bon budget pour convaincre les marchés d’offrir des taux d’intérêt bas sur notre dette. A l’inverse, c’est la soupe à la grimace pour les contribuables et les fonctionnaires dont le point d’indice est gelé. Et la discussion est ouverte pour savoir si c’est un bon budget du point de vue du futur candidat Nicolas Sarkozy. Car ce texte est un paradoxe, un vrai OVNI politique et économique! Normalement, à huit mois d’une élection, on baisse les impôts et on lâche les dépenses. Cette fois, c’est l’inverse. Les dépenses publiques baissent - ce n’était pas arrivé depuis 1945 sur les frais de personnels - et les prélèvements augmentent ! Ce n’est pas parce que c’est inévitable que c’est facile. Les électeurs vont-ils se plaindre ou applaudir ? Après avoir adoré la relance, aimeront-ils la rigueur si elle les rassure sur leurs futurs impôts ? Bref, après avoir été keynésiens, deviendront-ils (en terme économique) ricardiens ? C’est la question !

Ce budget est surtout le dernier du quinquennat…

Oui, et il faut noter que c’est le quatrième budget marqué par la crise – 2009, 2010, 2011 et 2012. Essayons un bilan quinquennal. 1 - cette crise aura tout changé, et les finances publiques ne sont guère marquées, en fin de course, par l’empreinte libérale : le paquet fiscal a disparu, les dépenses collectives sont plus élevées qu’en 2007, les prélèvements obligatoires aussi. Nicolas Sarkozy rêvait de baisser les unes et les autres. 2 – des réformes ont été lancées sur les tribunaux, l’armée, les hôpitaux, le nombre de fonctionnaires. Elles sont bien sûr critiquées, parfois à juste titre, mais il faut se rendre compte que la rigueur à la française est bien molle par rapport à ce qu’on voit en Espagne, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Allemagne ou ce qu’on a vu en Suède.

Droite et gauche n’auront pas le choix, la rigueur va durer ?

Un peu moins s’il y a de la croissance, un peu plus s’il n’y en a pas. Mais d’ores et déjà, les intérêts de la dette nous coûtent plus cher que l’éducation primaire et secondaire… Ce mur ne disparaîtra pas après 2012. Cela veut dire qu’entre l’Europe, les marchés et notre addiction névrotique aux déficits, (entre tout çà) la politique économique de l’après 2012 sera celle des choix et plus des additions. Le pouvoir devra moins gouverner avec le carnet de chèque, plus avec la loi. Un exemple (idiot ?) : pour les transports, il s’agit plus de libéraliser les taxis à Paris que de faire des grands travaux.

Le budget 2012 n’est donc qu’une étape ?

Je le crois. C’est plus le premier d’un nouveau temps que le dernier du quinquennat. Ce qui comptera, ce sont moins les chiffres auxquels on peut tout faire dire que la constance, enfin, pour agir. C’est la raison pour laquelle, ce matin, j’ai parlé du budget pendant trois minutes sans donner un seul chiffre !

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