Cette semaine sera budgétaire, avec la présentation aujourd’hui du projet de loi de financement de la sécurité sociale et mercredi du projet de budget de l’Etat pour 2015.

Oui, et avant d’évoquer dans les prochains jours le contenu de ces deux textes qui portent -excusez du peu- sur environ 1.250 milliards d’euros, on a envie de raconter la petite histoire du budget. Elle remonte à loin et met de l’ironie dans ce qui va faire l’objet cette semaine de débats enflammés et d’analyses savantes. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi quand on évoque le déficit de nos comptes publics on en parle toujours en % du PIB - 3%, 4% ? Quand un ménage, vous ou moi, regardons notre compte en banque, on ne se dit pas : je suis dans le rouge de X% de mes revenus. Eh bien, l’histoire remonte à 1981, quand un certain Laurent Fabius, alors jeune et déjà brillant ministre du Budget, voit le déficit de l’Etat s’approcher des cent milliards (de francs, à l’époque). Catastrophe politique assurée alors que la gauche vient d’arriver au pouvoir. Alors, il a l’idée d’exprimer le déficit en pourcentage du PIB, en donnant à cela un vernis économique. Enthousiasme de François Mitterrand : un pourcentage, cela fait moins peur que des dizaines de milliards. L’idée a été plus tard achetée par les Européens - avec un argument, que les comparaisons deviennent possibles. Aujourd’hui, Laurent Fabius confirme cette histoire. Depuis, on en est toujours là. Alors sachez que le déficit public s’élèvera donc à 4,4% du PIB cette année - chiffre officiel qui ne fait ni chaud ni froid –, ce qui signifie quasiment 100 milliards d’euros – ce dont personne ne parlera !

Et la (petite) histoire n’est pas finie : elle concerne le fameux objectif de 3% de déficit public.

Revenir aux 3% de déficit, repousser le calendrier des 3% : on en parle tous les jours. Un chiffre inscrit noir sur blanc dans le traité de Maastricht. Economiquement, sa justification est la suivante : le déficit ne doit pas dépasser ce chiffre si l’on veut que la dette publique se stabilise autour de 60% de la richesse nationale. Le problème, c’est n’importe quoi. C’était vrai avec la croissance des années 80, pas celle d’aujourd’hui ; en fait il faut être plus sévère aujourd’hui ! Eh bien, ce 3%, c’est encore en 1981 qu’il a été inventé, comme l’a reconnu un haut fonctionnaire de l’époque. Je cite ce qu’il a raconté à notre confrère Le Parisien il y a un an – il s’appelle Guy Abeille. « 3%, c’est un bon chiffre, cela fait penser à la Trinité » ! Comme certitude économique, il y a mieux. Que conclure de tout cela ? Non pas qu’il faut jeter à la poubelle le principe de sérieux et d’efficacité budgétaire. Mais qu’il faut l’appliquer pour nous et non pas pour on ne sait quel fétichisme des chiffres.

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