Vous commentez ce matin le projet de budget 2017.

Oui, et on ne va pas revenir sur le côté virtuel ou aérien de ce budget : ce n’est pas ce gouvernement qui le gérera, quoi qu’il se passe à la présidentielle en mai prochain ; ce qui explique qu’il y ait des doutes sur sa crédibilité. Au-delà, en fait, ce budget est caractérisé par trois « ismes » : radicalisme, optimisme et illusionnisme.

Vous le trouvez radical ?

Pas dans le sens de radicalité, mais dans le sens du radicalisme, de ce que sont les radicaux en politique, c’est-à-dire double-face, post-it ; il est écrit des deux côtés et c’est fait pour cela. Ce budget, à gauche, augmente les salaires des fonctionnaires, le nombre d’enseignants, et baisse l’impôt des plus modestes ; mais, côté orthodoxie, il affiche une diminution du déficit public et son sérieux sur l’évolution des dépenses publiques. C’est un budget recto verso, de synthèse hollandaise, qui tient du miracle. Le problème est que les miracles sont (assez) rares.

Pour s’en sortir, ce budget sur-joue donc l’optimisme.

Exactement. On le sait, le Haut conseil des finances publiques et ses experts indépendants ont dit tout ce qu’ils pensaient des hypothèses du budget, sur la croissance, les déficits. Au fond, du début à la fin, François Hollande aura été un optimiste échevelé : sur la courbe du chômage, la reprise économique, le fait que les hausses d’impôt passeraient inaperçues, sur sa force de persuasion pour changer l’Europe. L’optimisme est un atout, hélas la parole autoréalisatrice ne suffit pas.

L’illusionnisme ?

Attention : cela ne concerne pas ce budget en particulier mais le décalage entre ce qu’il est et certains discours. Quand on regarde de près le niveau des dépenses publiques, on ne comprend pas comment une partie des responsables politiques, de gauche et d’extrême droite, peuvent sérieusement penser et dire que la France est un pays libéral, néo-libéral, ultra-libéral. Les dépenses éducatives, sociales, régaliennes de l’Etat, celles de la sécurité sociale et des collectivités locales, représenteront l’an prochain 1.243 milliards d’euros, 55% de la richesse nationale. Les dépenses de santé ont grimpé de -écoutez- de 35% en dix ans (et c’est en partie logique). Des records européens, même si on corrige des spécificités nationales. Et pourtant, les Français ne semblent pas spécialement ravis et satisfaits. Si ce budget est en trompe l'oeil, c'est qu'il créé des illusions. L’illusion que les solutions à nos problèmes sont budgétaires.

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