Le projet de loi de finances modifie les curseurs sur le bonus à l'acquisition d'un véhicule électrique / hybride, et le malus sur les voitures polluantes. Bercy cherche à éviter d'aller trop loin : la production automobile sur le sol français est en cause.

L’impression générale qui domine sur ce Budget c’est que les vannes sont grandes ouvertes, que cela dépense à tout-vat, bref que c’est la saison 2 du « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron. Pa seulement du côté des dépenses  des ministères ou de la protection contre la crise sanitaire et économique : il y a par exemple des bonnes nouvelles pour les particuliers, la baisse de la taxe d’habitation pour les 20% des ménages les plus aisés, et davantage d’aides pour la rénovation des logements -on sait tout cela. 

Mais il y a quelques petits tours de vis, et notamment pour certains automobilistes. 

Un : le bonus pour l’achat d’une voiture électrique ou hybride rechargeable sera toujours là l’an prochain, mais il va baisser. Il passera de 7.000 à 6.000 euros pour un véhicule électrique, et de 2.000 à 1.000 euros pour un hybride rechargeable. Le signal est clair : c’est avant le 31 décembre qu’il faut aller dans les concessions. Franchement, il est étrange de refermer -même un peu- le robinet maintenant : Angela Merkel, qui accorde aussi des primes pour la conversion du parc automobile, plus élevées d’ailleurs, les maintient jusqu’à la fin 2021. 

2ème message, 2ème tour de vis : le malus applicable aux voitures neuves émettant le plus de CO2 va être durci. Ce malus renchérit les prix de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Eh bien, davantage de véhicules seront concernés. Le gouvernement va dans le sens de ce que propose la convention citoyenne pour le climat, certes en deux ans et pas un, mais la direction est celle-là.

Tout cela est très concret. Dans deux ans, l’Espace, la Kangoo, la Scenic, les acheteurs de 308, 3008, 508, 5008, de C5 Aircross, de D3 Crossback, ce sont souvent des voitures fabriquées en France, devront payer un malus plus ou moins important. Par exemple, pour la Mégane, ce malus passera de 125 euros à 1.900 euros... Les constructeurs français Renault et PSA, eux, demandent que le mouvement se fasse en trois ans (pas deux), le temps de basculer vers de nouveaux modèles plus économes. 

Mais on sait que par ailleurs la convention climat a voté une taxation des voitures au poids, qui aboutirait à favoriser les petites cylindrées produites hors de France. La discussion est pour cet automne : Bruno Le Maire n’en veut pas, mais Barbara Pompili y est favorable. 

Au total, la diminution des émissions de CO2 est en route, et heureusement, mais les emplois, les usines, les choix des consommateurs, ne peuvent pas être tenus pour quantité négligeable.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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