Une étude de l’Insee fait le point ce matin sur l’évolution de notre niveau de vie pendant la crise: - bonne nouvelle ; il a progressé- mauvaise nouvelle ; la pauvreté a, elle aussi, augmenté.

Même s’ils concernent 2009, ces chiffres (les plus récents) sont intéressants parce qu’ils racontent l’histoire de notre modèle social pendant la récession la plus grave depuis 60 ans. Et quand on rapproche les deux éléments que vous venez de citer, deux enseignements (disons) politiques sautent aux yeux. Le premier, le plus important, est que le système économique et social a “ tenu ” pendant la crise. Globalement, le niveau de vie des Français (revenus, prestations sociales), ce niveau a été préservé, il a même augmenté de 0,4%. Contrairement à ce qu’on a vu dans d’autres pays, les entreprises n’ont pas baissé les salaires, les revenus sociaux ont été maintenus. Il y a eu un rôle d’amortisseur, de bouclier, au prix d’un lourd déficit public. Mais le second enseignement est que ce bouclier manque en partie sa cible (si on peut dire). Car ce ne sont pas les plus fragiles qu’il protège le mieux. La situation des plus modestes s’est en effet (un peu) détériorée et la proportion de « pauvres » est montée, à plus de 8 millions. Rappelons au passage qu’on est pauvre par rapport à l’évolution du revenus des autres – 60% du revenu médian, pour les experts – pas par rapport à des besoins vitaux. Cela veut dire que le seuil de pauvreté augmente chaque année : aujourd’hui on est pauvre avec moins de 954 euros par mois.

La conclusion est que ce modèle social ne fonctionne pas ?

En tous cas il fonctionne mal. Des auditeurs pensent sans doute que cette situation s’explique par l’augmentation des inégalités : les pauvres sont plus pauvres parce que les riches sont plus riches. L’Insee tord le cou à un fantasme, celui sur l’explosion générale des inégalités. Le niveau de vie de 10% de Français les plus aisés est 3,4 fois plus élevé que celui des 10% les plus modestes. 3,4 fois, ce rapport est le même depuis quinze ans au moins. Que le gouvernement soit de droite ou de gauche. En revanche, on le sait, les écarts de ressources se sont accrus entre le dernier barreau de l’échelle et la population – c’est cela qui est ressenti, même si c’est statistiquement très minoritaire.

Mais on peut se dire aussi que le modèle social n’est pas assez généreux pour les plus démunis.

L’Insee apporte là aussi une information importante : les prestations sociales représentent 40% des ressources des 10% les plus modestes. Jusqu’où peut-on aller ? Non, ce qui manque, ce sont des revenus plus élevés pour les emplois peu qualifiés, et, tout simplement, des emplois. C’est le vrai débat sur le poids des charges sociales, la protection des postes peu qualifiés dans un pays comme la France, l’éducation. C’est, en fait, autant un problème de modèle économique que social. C’est tout cela qui se fissure et qu’il faut reconstruire.

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