Le gouvernement a du mal à choisir la prévision de croissance qu’il associera au budget 2013. Vous nous faites rentrer dans les coulisses…

Lundi soir, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reconnu que la prévision affichée jusqu’ici, 1,2% de croissance en 2013, n’était plus d’actualité. En juillet, il l’avait déjà abaissée de 1,7 à 1,2%. Alors, là, jusqu’où faut-il descendre ? C’est compliqué : le consensus des économistes est à 0,5%, mais un gouvernement doit toujours être volontaire, donc difficile d’être si noir. Bercy propose autour de 0,8%. Eh bien, hier à 16 heures, Jean-Marc Ayrault le Premier ministre, Pierre Moscovici, pour les Finances, Jérôme Cahuzac, pour le Budget, se sont retrouvés dans le bureau de François Hollande pour décider. Ils devaient décider. Mais ils n’ont pas réussi à décider. Au passage, cela montre que le choix de ce chiffre est très politique – mais qui en doutait ?

Il faut dire que ce chiffre a de grosses conséquences...

Politiques bien sûr. Et budgétaires. Chaque dixième de point en moins « pèse » plus d’un milliard de recettes fiscales en moins. Et quand on a décidé de « tenir » l’objectif d’un déficit public à 3% du PIB, cela veut dire que chaque dixième qui manque obligera à trouver un milliard d’impôt ou d’économies en plus. Vous voyez le problème ! Cette dégradation de la conjoncture est une des raisons qui explique le changement de ton du pouvoir vis-à-vis des entreprises. Jean-Marc Ayrault au Medef hier, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici, c’est le temps de la pommade ! Pas question de casser le moral des patrons ou de les mettre de mauvaise humeur.

Concrètement, cela se traduit comment ?

Voilà le problème ! Le programme de François Hollande a prévu un gros tour de vis sur les entreprises, il en a besoin, mais la situation économique change tout. Il est coincé. Depuis 48 heures, chacun jure fidélité et amour aux patrons mais lorgne en même temps leurs poches. Pour éviter un embrasement, Pierre Moscovici assure cependant aux Echos ce matin que les biens professionnels resteront exonérés d’ISF comme c’est le cas depuis 1981. La semaine dernière, des esprits fertiles imaginaient une taxation.

Cette rentrée budgétaire a tout d’un drame pour la gauche !

Oui. Pensez-y : cette année, la croissance est nulle, elle sera au raz des pâquerettes l’an prochain. Or, les socialistes ont en tête ce qui s’était passé en 1997, lors de leur précédente victoire. Leur premier budget, celui de 1998, de DSK, tablait sur une croissance de ... 3%. A la fin, c’était mieux encore ! Vive la croissance mondiale ! Par comparaison, aujourd’hui, c’est un chemin de croix.

Un chemin de croix, à moins que...

Depuis lundi, deux des ministres les plus importants du gouvernement m’ont décrit un autre scénario. L’un m’a affirmé que François Hollande y croit aussi. Ce scénario verrait le calme revenir cet automne sur les marchés dans la zone euro et la confiance et donc la croissance repartir franchement, brutalement. Comme en 1997-1998. On a envie de rêver avec eux. En attendant, il est l’heure de se réveiller.

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