L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___Le gouvernement allemand a présenté hier des prévisions économiques pour 2009 qui en font le pays le plus touché par la crise en Europe. Deux informations économiques ont été données hier. Nous avons appris que la croissance a été négative de 6,1% en rythme annuel au premier trimestre aux Etats-Unis. Et le ministre allemand de l’économie, donc, a annoncé que la récession atteindrait cette année Outre-Rhin 6%, un chiffre inouï. C’est l’élément le plus intéressant, et pas seulement parce qu’il s’agit de notre grand voisin. La première chose frappante, c’est la franchise du gouvernement, qui affiche un chiffre plus mauvais que les instituts de conjoncture. Berlin annonce même que le nombre de chômeurs, inférieur à 3 millions à l’automne, grimpera à 4,6 millions l’an prochain : soit, + 50%. Cette franchise a une explication : jusqu’à maintenant, le gouvernement avait totalement sous-estimé la crise. Sur le fond, comment s’explique ce plongeon ? Le premier élément, le principal, est que l’Allemagne est, peut-être au monde, le grand pays qui dépend le plus de l’extérieur, de l’activité mondiale. S’il y a un chiffre à retenir, c’est celui-ci : l’Allemagne exporte la moitié de ce qu’elle fabrique, alors que c’est le quart pour la France et 13% pour les Etats-Unis. Quand la marée se retire, naturellement, vous êtes plus seul. Au début, Angela Merkel a cru que la croissance de la Chine, de l’Inde compenserait la récession des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, du Japon. Mauvaise pioche, ils ont arrêté eux aussi d’acheter des machines–outils et des voitures, la spécialité germanique. C’est d’ailleurs la seconde explication. L’Allemagne est un pays industriel, c’est ce qui va le plus mal aujourd’hui. Pourtant, on ne sent pas le pays en pleine déprime. C’est vrai, on ne voit pas de manifestations, de séquestrations. Ni un climat politique délétère alors que des élections auront lieu en septembre. En fait, il y a une raison précise : jusqu’à maintenant, le chômage a peu augmenté parce que les entreprises, plutôt que les licencier, ont mis leurs salariés en chômage partiel, qui peut durer jusqu’à bientôt 24 mois, contre un mois et demi ici. Mais dès que l’échéance sera atteinte, le chômage va s’envoler. Et les syndicats disent : attention aux troubles sociaux. Angela Merkel, elle, est persuadée que l’Allemagne sera la première à bénéficier de la reprise quand elle viendra. Ce qui est bien possible parce que sa compétitivité est intacte. Souvenons-nous des 15 ans d’efforts d’une Nation entière après la Réunification. Quelles conséquences pour nous ? Tout parallèle avec les années 1930, où l’Allemagne, pays le plus atteint par la crise, avait ouvert une séquence politique funeste, n’a évidemment aucun sens : la vie politique, les protections sociales, l’Europe, tout est différent. En revanche, la santé de notre voisin nous intéresse parce que c’est notre premier partenaire économique, et aussi, on le dit peu, parce qu’il héberge sur son sol la Banque Centrale Européenne, la BCE, et qu’il l’influence. Dans les années qui viennent, l’Allemagne fera pression pour que son intérêt à elle soit aussi préservé, sur le niveau de l’euro ou sur son « non » historique à l’inflation pour éponger les dettes. C’est une autre raison pour laquelle la solidité du couple franco-allemand est vitale aujourd’hui.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.