Par Jean-Marc Vittori.

Le gouvernement a annoncé hier la fin du fichage des entrepreneurs en faillite… Qu’est-ce que ça veut dire ?

Imaginez que vous ayez créé votre première entreprise il y a un an. Comme les temps sont durs, imaginez encore, même si c’est désagréable, que ça ne marche pas. Vous devez mettre la clé sous la porte. Liquidation judiciaire. Dans le système actuel, votre nom rentre alors dans un fichier tenu par la Banque de France. Vous êtes noté « 040 » - méritant une attention particulière, pour trois ans. Si jamais l’envie vous prenait de vous lancer à nouveau dans l’aventure entrepreneuriale, les banquiers à qui vous iriez demander de l’argent vous diraient « non » - parce qu'ils auront vu que vous êtes 040.

Avec le nouveau système, vous ne serez plus marqué « au fer rouge », pour reprendre l'expression de la ministre aux PME Fleur Pellerin. Le banquier ne saura pas que vous avez failli, il vous prêtera plus facilement – ou moins difficilement.

La fin de ce fichier constitue-t-elle un vrai changement ?

La patronne des patrons, Laurence Parisot, a parlé sur le réseau social Twitter d'une « grande victoire ». C'est bien sûr un peu excessif.

Mais en même temps, l'idée progresse en France que ce n'est pas forcément infamant d'avoir échoué dans la création d'entreprise - et ça, c'est important. La dernière fois, c'était un gouvernement de droite qui avait fait un petit pas. La réforme initiée par l'équipe Raffarin en 2005 mettait fin à l'obligation du tribunal d'interdire à un entrepreneur mis en faillite de gérer une entreprise pendant cinq ans.

Cette fois-ci, c'est un gouvernement de gauche qui fait un autre petit pas dans la bonne direction. On avance, même si ça va trop lentement.

Pourquoi est-ce si important ?

Parce que derrière, il y a notre attitude face au risque.

En France, celui qui a pris un risque et qui se plante est un perdant, un looser, voire un escroc. Il est condamné à la honte, et la justice peut le priver de son droit de vote. Aux États-Unis, un entrepreneur qui a échoué deux ou trois fois est au contraire considéré comme quelqu'un qui a plus de chance de réussir, car il a l'expérience et la volonté.

Or dans un monde où l'espérance de vie des entreprises raccourcit pour cause de concurrence plus forte, il est précieux d'encourager la natalité entrepreneuriale.

D’où vient cette méfiance française face au risque ?

Clairement, quand le code du commerce a été mis en place au XIXe siècle, le pays pullulait d'escrocs en tout genre – il suffit de lire Balzac qui adorait les croquer. Des mesures dissuasives ont été jugées nécessaires. Et puis il y a aussi l'éducation. En France plus qu'ailleurs, l'erreur et la faute sont considérés à l'école comme des problèmes majeurs qu'il faut sanctionner. Les élèves qui prennent des risques dans une rédaction avec un plan différent ou une idée originale sont rarement récompensés de leur audace. Ca commence même avant l'école. Un père de famille rentré de New York à Paris me racontait la différence dans les squares. Aux États-Unis, les parents ne cessent d’encourager leurs bambins en leur disant « Well done », ou « good job ». En France, le mot qui revient le plus souvent est « Attention !». La peur excessive du risque est inscrite au plus profond de l'identité française – et il faudra la déloger petit à petit.

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