Arnaud Le Gal, des Echos .

La croissance américaine est au point mort...

Oui, coup de froid sur l’économie américaine - et tous les autres pays auscultent le bulletin de santé - après la publication hier des chiffres de la croissance pour le premier trimestre : un petit 0.2 % en rythme annualisé. Pas grand-chose, voire presque rien, si l’on compare aux résultats des deux trimestres précédents : 5% et 2,2 %. Certes, après cette fin 2014 où la machine tournait à pleine vitesse, on s’attendait à un ralentissement. Pas à un tel coup d’arrêt. Certains avaient commencé à envisager un relèvement des taux d’intérêts de la réserve fédérale américaine en juin. Et vous savez que ce genre de décisions a des répercussions sur toute la planète financière. Plus d’actualité. « Rien à attendre avant septembre. Et encore à condition que l’économie redémarre dans les prochains mois », a lancé un économiste.

Un ressort s’est-il cassé net dans la première machine économique mondiale ?

En fait cela devient cyclique : l’économie américaine semble désormais fonctionner en mode yo-yo : un dynamisme spectaculaire pendant deux ou trois trimestres, dopé par l’exploitation du gaz de schiste, par exemple ; et ensuite le « momentum » comme on dit outre-Atlantique, retombe tel un soufflé. Là, plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord, comme au début 2014 du reste, le pays a été en proie à un froid polaire. Sur ce marché où la consommation reste le grand moteur de la croissance, les clients sont restés chez eux au lieu de courir les malls, ces méga-centres commerciaux, ou restaurants. Et puis il y a le double effet pétrole. Moins de consommation d’essence. Malgré les prix bas ? Oui : de même que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, les Américains, même quand l’essence baisse, ne peuvent passer leur temps à rouler. Second effet pétrole : la baisse des prix amène les compagnies à réduire leurs investissements. Moins de demande, moins de profits, moins de développement… A la fin, cela fait moins de production : elle devrait commencer à décliner le mois prochain, pour la première fois depuis quatre ans aux Etats-Unis.

Donc la machine cale sur le marché intérieur. Et à l’international ?

Pas mieux, peut-être même pire. La faute au dollar fort. Il a encore progressé de 11 % par rapport à l’euro sur ce fameux premier trimestre. Cela rend les produits « made in USA » plus chers pour la clientèle européenne mais aussi asiatique. Les exportations ont donc plongé, de 7.2 % sur les trois derniers mois. Soit plus d’ 1 point de croissance perdu. Ce risque de change à l’échelle du pays, est pris très au sérieux par la Fed. Justement, hier aussi, elle achevait un comité de politique monétaire. Et a saisi l’occasion pour lancer un message plutôt pessimiste, à la fois sur la flambée du dollar et la stagnation des salaires. Pas terrible pour le moral, ni des ménages, ni des entrepreneurs. Hillary Clinton ne devrait pas être déçue du voyage, elle part prendre le pouls des électeurs dans son van de campagne…

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