Quand l’Etat pose ses conditions pour aider les grands groupes. Une contrepartie écologique garantie à l’aide de l’Etat ne permet pas de promettre un maintien des emplois. Analyse d'un donnant-donnant délicat.

Bruno Le Maire, ministre des Finances est revenu sur ce que l'Etat exige à Air France et Renault en contrepartie de l'aide publique
Bruno Le Maire, ministre des Finances est revenu sur ce que l'Etat exige à Air France et Renault en contrepartie de l'aide publique © AFP / THOMAS COEX / POOL

Air France

Bruno Le Maire, le ministre des Finances, en a dit plus hier sur ce que l’Etat exige en échange de son gros coup de main pour passer la crise. Son aide, c’est un prêt de 7 milliards d’euros. 

Et la contrepartie, c’est une baisse des émissions de CO2 de moitié sur les vols intérieurs, avec la suppression de liaisons sur lesquelles le trajet en train dure moins de deux heures trente. C’est par exemple la disparition du Bordeaux-Orly et d’une dizaine de lignes transversales. Mais attention, le Bordeaux-Roissy survivra, pour les Bordelais qui partent à New York ou New Delhi. 

À vrai dire, Air France n’est pas contre, le groupe perd de l’argent sur ces lignes. C’est un donnant-donnant intéressant, mais à décrypter

Il y a une contrepartie écologique à l’aide de l’Etat, mais il n’y a pas de contrepartie de maintien des emplois

Une compagnie qui ne vend plus de billets a de toute façon un problème. Au-delà, dans la méthode on reconnaît le génie français : à moins de 2 heures 30, c’est le train. Pourquoi 2 heures 30 ? On imagine que des élus ont décroché leur téléphone chronomètre en mains. Intellectuellement, renchérir le prix des billets tout en laissant la liberté aux clients de leur mode de transport aurait été plus satisfaisant. Mais bon l’objectif est bon.

Quant à Renault ? 

La Commission européenne a autorisé hier la France à prêter 5 milliards d’euros à Renault. Le constructeur n’est pas au bord de la faillite, mais on apprendra sans doute demain que les ventes de voitures ont été égales à … zéro en avril. Comme à partir du 11 mai, les consommateurs ne vont pas acheter deux fois plus de véhicules avant l’été, des pertes seront donc définitives. 

Là, non plus, il n’y a pas, à notre connaissance, de conditions sur l’emploi, mais écologiques : le gouvernement a dit "niet" aux constructeurs qui espéraient alléger les normes de CO2. Au contraire, il pourrait amplifier son aide à l’achat d’une voiture électrifiée. Et çà ce serait une excellente nouvelle.

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