L'édito éco de Jean-Marc Vittori des "Echos". ____L’audience a reculé en 2008 sur toutes les chaînes de télévision hertziennes, comme TF1, France 2 ou M6. C’est ce qu’indiquent les chiffres publiés hier par Médiamétrie. Où vont donc tous ces téléspectateurs? Ils zappent pour la télévision numérique terrestre, la fameuse TNT, en regardant Gulli, W9 ou les chaînes d’info BFM TV et I-Télé. Il faut bien voir que le paysage télévisuel français a complètement changé. Il y a à peine deux décennies, nous avions seulement cinq chaînes. Avec le câble, le satellite et Internet, nous pouvons désormais accéder à des centaines de chaînes. Et avec le lancement récent de la TNT, les téléspectateurs ont droit à 18 chaînes gratuites. Cet émiettement de l’offre se traduit mécaniquement par un émiettement des audiences. Les géants d’autrefois perdent inexorablement du terrain. Le leader des chaînes, TF1, est-il épargné par ce zapping ? Au contraire ! TF1 dévisse plus que les autres. Pour la première fois, la chaîne a même perdu cette année la couronne symbolique de l’émission la plus regardée. C’est en effet M6, qui a diffusé France Italie, le match de foot de l’Euro 2008, qui a attiré plus de 13 millions de téléspectateurs. Au total, TF1 a perdu plus de 10% de ses téléspectateurs cette année. Or, qui dit moins d’audience, dit moins de recettes de publicité. C’est un problème de plus pour Bouygues. L'entreprise, qui détient 43% de la chaîne, va aussi fatalement encaisser un coup de frein dans ses activités de BTP (Bâtiments et Travaux Publics), même si les carnets de commandes ont plutôt mieux tenu jusqu’à présent que chez ses concurrents. Le déclin de TF1 se traduit-il par l’émergence de nouveaux géants ? Pas vraiment. En réalité, l’équation économique du secteur n’a pas de solution apparente. Il y a de plus en plus de chaînes, et il va y avoir de moins en moins de publicité. Aujourd’hui, toutes les nouvelles venues de la TNT perdent de l’argent : ça ne pourra pas continuer indéfiniment. Et s’il y a un domaine où l’année 2009 s’annonce particulièrement périlleuse, c’est bien celui de la publicité. Quand les entreprises craignent pour leur trésorerie, elles s'attaquent aux dépenses les plus faciles à tailler, à savoir l’investissement et le marketing. Dans un an, les chaînes qui n’ont pas les reins solides, ou des actionnaires prêts à encaisser des pertes répétées, risquent de disparaître. Et les chaînes publiques ? Là, je vais être un brin provocateur. France 2 et France 3 vont perdre des recettes publicitaires qui doivent être remplacées en large partie par des subventions. Or, la publicité risque de s’effondrer dans les prochains mois. Les chaînes publiques pourraient donc perdre moins d’argent que si elles avaient continué de dépendre lourdement de la publicité. En 2010, Nicolas Sarkozy, qui a décidé cette suppression de la réclame, apparaîtra peut-être comme le sauveur de la télévision publique. Pas sûr que c’était son projet initial...

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