On le sait le Français a la réputation d’être davantage fourmi que cigale. Mais ces derniers mois, il s’est surpassé, puisqu’au 30 septembre, le taux d’épargne des ménages s’élevait à 17% du revenu disponible. Un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2002. Il s’agit là d’un effort significatif consenti sur une période très courte. Puisque, ce même taux tournait encore autour de 15 % en 2008. Très concrètement, cela signifie que nous avons collectivement mis de côté une vingtaine de milliards d’euros entre le 1er janvier et le 30 septembre. Cela pouvait difficilement passer inaperçu. En période de hausse du chômage, les ménages augmentent leur épargne de précaution, leur matelas, par peur de l’avenir. Le phénomène est connu. Il avait déjà été constaté, quoique de manière moins prononcée, lors des deux précédentes crises économiques en 1993 et en 2001-2002. Cette tendance est d’ailleurs encore plus marquée chez nos partenaires les plus affectés par la récession. Les Espagnols par exemple, victimes d’un véritable krach immobilier, ont quasiment doublé leur épargne en moins de deux ans, mettant de côté plus de 120 milliards d’euros. Même les Américains, traditionnellement les plus dépensiers, s’y sont mis avec beaucoup d’application. Leur taux d’épargne s’établit désormais à des niveaux sans équivalent depuis le milieu des années 90. La consommation n'en pâtit pas parce que le revenu des ménages français, pris collectivement évidemment, a continué à progresser. Aussi étonnant que cela puisse paraître en période de récession, le pouvoir d’achat devrait augmenter cette année de plus de 2%. C’est la conséquence directe des stabilisateurs automatiques que sont les prestations sociales auquel sont venus s’ajouter ces derniers mois les effets du plan de relance, à travers notamment son volet fiscal. Et c’est une partie de ces revenus non anticipés, qui a été mise de côté. Du coup, même si la consommation a stagné au troisième trimestre, elle devrait globalement progresser de 0,7% sur l’année. Mais le caractère non récurrent de cette manne signifie aussi que l’effort d’épargne sera sans doute moins soutenu dans les prochains mois, faute de carburant. En dépit du fort rebond des marchés actions depuis mars, les épargnants ne sont pas d’humeur à spéculer sur des gains hypothétiques en Bourse. Ils préfèrent privilégier la sécurité. C’est pourquoi, l’essentiel de ces sommes s’est porté sur des placements sans risque. A ce petit jeu, deux produits recueillent l’essentiel des suffrages. L’assurance-vie, d’abord, qui retrouve les faveurs des Français après le trou d’air de la fin 2008. Du coup, sa collecte a renoué avec les niveaux très élevés de 2007. Mais le grand gagnant est sans conteste le Livret A, proposé depuis le 1er janvier par toutes les banques. Au total, ce sont plus de 8 millions de nouveaux Livrets qui auront été ouverts cette année pour une collecte de l’ordre de 16 milliards d’euros environ. Et ce, alors même que le taux de rémunération du Livret A s’est effondré depuis le début de l’année. Il faut dire que ce placement sans risque est en outre totalement liquide. Une version moderne du bas de laine en quelque sorte, qui convient parfaitement à des ménages souhaitant avant tout constituer une épargne disponible en cas de coup dur.

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