Les prix des carburants à la pompe ne cessent d’augmenter. Question simple ce matin : pourquoi ça monte ? Le litre de gazole valait en moyenne 1,23 euros la semaine dernière, le sans plomb 95 1,41 euros.

On n’avait pas vu ça depuis près de deux ans et on se rapproche doucement des records du printemps 2008. A cette question simple, je donnerai une réponse simple : c’est parce que le pétrole vaut de plus en plus cher. Le baril ne vaut plus très loin de 100 dollars. Les compagnies pétrolières répercutent la hausse. Elles donnent au passage des miettes à leurs salariés. Ceux de Total vont par exemple avoir 3,3% d’augmentation l’an prochain. Tant mieux pour eux.

Puisque l'on donne des réponses simples, profitons-en. Pourquoi le pétrole vaut-il plus cher ? Alors là, je suis désolé, ça se complique. Il y a quatre réponses. Primo, il a fait froid en Europe et il gèle en Amérique. Il faut mettre plus de fioul dans la chaudière et ça fait donc monter la demande et les prix. Deuzio, l’euro s’est déprécié. Nous devons donc en sortir davantage de notre poche pour acheter les dollars qui permettent de régler les producteurs de pétrole. Le baril se cote en dollars, c’est comme ça. Tertio, les spéculateurs s’intéressent beaucoup à l’or noir. Il faut dire qu’ils se sont pris des claques sur les actions et puis sur les obligations grecques ou irlandaises. Ils cherchent donc autre chose et se ruent sur les matières premières -le blé, l’or, le pétrole. Enfin dernière raison, et la plus importante, le monde a soif de pétrole pour nourrir sa croissance. Alors évidemment on ne le voit pas beaucoup chez nous, où la conjoncture est ramollo. Mais c’est très différent chez les pays émergents en plein boom. L’an prochain, deux barres symboliques vont d’ailleurs être franchies. La Chine va devenir le premier consommateur mondial de pétrole, devant les Etats-Unis –et les émergents en brûleront plus que les pays développés.

Mais les pays de l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, ne pourraient-ils pas en pomper davantage ?

Si, ils ont un peu de marge de manœuvre. Ils pourraient produire 5 ou 6 millions de barils par jour de plus, sur une consommation mondiale qui approche 90 millions. Mais ils n’en ont aucune envie. Et en se mettant à leur place, on comprend vite pourquoi : s’ils en font un peu moins, ils vendent beaucoup plus cher. Travailler moins pour gagner plus, c’est tentant. Surtout que si les pays riches peuvent développer d’autres énergies, comme le nucléaire ou l’éolien, les émergents, eux, n’en ont pas les moyens.

Et que peut faire le gouvernement français face à la hausse du pétrole ?

Le gouvernement ne peut pas empêcher la neige de tomber sur les pistes des aéroports, il ne peut pas empêcher les virus de rentrer en France, mais là il peut faire quelque chose : expliquer aux Français, sans relâche, que le pétrole sera beaucoup plus cher demain ou après-demain, et qu’il faut agir en conséquence. Je voudrais citer ici juste un drame qui se noue dans la plus parfaite indifférence : des milliers de Français défavorisés construisent aujourd’hui des maisons loin de tout, parce que c’est moins cher. Mais demain, ou après-demain, ils n’auront plus les moyens de faire le plein pour leurs allers-retours quotidiens. Il faut donc trouver des terrains plus proches des villes. Voilà un domaine où le gouvernement devrait agir pour vraiment préparer l’avenir.

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