Un constat simple aujourd’hui : l’argent va coûter plus cher. Le chiffre nous vient des Etats-Unis, et ce n’est pas un hasard : vendredi, les taux d’intérêt à long terme ont franchi à la hausse la barre des 3% pour la première fois depuis deux ans, et tout laisse à penser que la hausse va être durable. Alors vous allez me dire que ça ne concerne que les financiers et autres spéculateurs. Eh bien non. Le taux d’intérêt sur les obligations à 10 ans du Trésor américain est central, y compris pour nous. Car cette obligation est le fondement de la finance aux Etats-Unis et aussi dans le monde entier, car il y en a des milliers de milliards de dollars en circulation et l’Etat américain est réputé être un emprunteur ultrasérieux. Si le taux du T-bond remonte, cela veut dire que les autres taux d’intérêt à long terme vont sans doute remonter. Pour nous, cela signifie que les prêts immobiliers vont devenir plus cher.Pourquoi ce taux remonte-t-il ? Tout simplement parce que l’économie américaine va mieux.L’immobilier est reparti, le budget va devenir moins serré, la croissance crée des emplois, elle pourrait approcher les 3% l’an prochain. Pour mémoire, en France et en Europe, on devrait plutôt être autour de 1%. Comme ça va mieux aux Etats-Unis, la banque centrale, la fameuse Fed, a décidé de relâcher les efforts exceptionnels qu’elle avait déployés ces dernières années pour maintenir les taux d’intérêt à long terme à très bas niveau. La simple évocation de ce relâchement, en mai dernier, avait fait flamber les taux d’intérêt, à Wall Street mais aussi dans toute une série de pays émergents. Il y a dix jours, la Fed a confirmé qu’elle allait désormais acheter moins d’obligations américaines. Voilà pourquoi ça monte. C’est donc une bonne nouvelle ! Pour les Américains, oui, c’est le signe d’une croissance revenue. Mais pour le reste du monde, ce n’est pas du tout pareil. D’abord pour les pays émergents, qui avaient attiré massivement les capitaux ces dernières années en offrant des taux d’intérêt bien plus élevés que les taux trop bas des Etats-Unis. Ces derniers mois, c’est l’inverse qui s’est produit. Les investisseurs ont vendu le sud pour racheter le nord. L’inde, la Turquie, l’Afrique du sud ont été très secouées et restent fragilisées. Ensuite en Europe, les taux d’intérêt sont aussi à la hausse. Les taux allemands approchent les 2%. Les français sont à 2,4%, moitié plus qu’au printemps dernier. Or l’Europe va moins bien que l’Amérique. Sa croissance aura plus de mal à résister au renchérissement de l’argent. C’est comme si vous enlevez une béquille à un malade encore plâtré. Avec en plus un petit signal d’alerte qui s’allume pour la France : dans un environnement de taux qui montent, sa dette publique pourrait devenir moins attirante. Il faudrait alors verser des taux d’intérêt bien plus élevés pour conserver les investisseurs. Une tuile de plus pour le gouvernement qui a pourtant déjà accumulé de quoi couvrir un toit entier.

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