Les Grecs vont donc retourner aux urnes, dans moins d’un mois, le 25 janvier, pour élire leur députés, et peut être un nouveau premier ministre….

Pourquoi cet événement politique est-il aussi économique ?

Pour une raison toute simple : les sondages donnent le parti d’extrême-gauche Syriza vainqueur. Et le parti d’Alexis Tsipras, surnommé chez nous le Mélenchon grec, promet de casser la rigueur. Ce serait une rupture majeure avec la politique poursuivie en Grèce depuis cinq ans.

Avec trois effets. D’abord, l’arrêt de la perfusion financière installée par l’Europe et le FMI pour financer l’Etat grec. Le FMI a d’ailleurs annoncé hier la suspension de ses versements.

Ensuite, la faillite de l’Etat grec, incapable de rembourser ses dettes.

Enfin, la perspective d’une sortie de l’euro, qui pourrait faire exploser la monnaie unique.

Ce scénario catastrophique n’a pas l’air de vous émouvoir…

On ne peut rien vous cacher. Cette perspective, qui a fait beaucoup jaser sur les places financières hier, n’est en effet pas très crédible.

Ces derniers mois, Tsipras a mis beaucoup d’eau dans son vin qui était très rouge – preuve que l’approche du pouvoir rend souvent réaliste. Il ne parle plus de sortir son pays de la zone euro, une décision qui laminerait le pouvoir d’achat des électeurs. Il sera obligé de composer avec la fameuse troïka Commission européenne-Banque centrale européenne-FMI, à la fois pour former une coalition stable de gouvernement et pour préserver la perfusion financière du pays.

La seule promesse qu’il pourra vraiment tenir, c’est de ne pas rembourser la dette publique grecque.

Mais si la Grèce ne rembourse pas, ça sera l’incendie, comme en 2010 et 2011…

De toute façon, cette dette ne sera pas remboursée. Quand les ennuis de la Grèce ont commencé il y a cinq ans, sa dette publique était de 170% du PIB. C’était insupportable.

Aujourd’hui, après un énorme coup d’éponge donné par les prêteurs, cette dette atteint… 175%, avec des perspectives de croissance beaucoup moins fortes qu’en 2009. C’est donc au moins aussi insupportable.

De toute façon, les Grecs ne pourront pas tout payer. La vraie question, c’est de savoir quand nous l’admettrons.

Il n’y a donc eu aucun progrès après cinq ans de crise ?

Si, il y a eu un changement majeur.

Avant, la Grèce devait l’argent à des banques, des investisseurs privés. Un défaut de paiement risquait de faire tomber une banque qui en aurait fait chuter une autre puis encore une autre. Il y avait un risque systémique.

Aujourd’hui, les prêteurs, ce sont d’abord les Etats européens, pour près des deux tiers du total. En cas de problème, c’est vous et moi qui allons payer la facture avec nos impôts. C’est apparemment plus simple et moins risqué – sauf que ça provoquerait des réactions politiques musclées, en Allemagne, en France et ailleurs.

L’odyssée grecque révèle une vérité longtemps masquée : une union monétaire finit toujours par entraîner une solidarité budgétaire. Et sinon, elle explose.

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