Vous revenez sur l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy hier soir.

Oui, pour souligner combien il a pris le contrepied de François Hollande. Ce dernier présente un projet social-démocrate : il veut convaincre de son sérieux sur les déficits (mais avec des hausses d’impôt), il joue la carte de la justice fiscale, des PME. Mais au fond, il s’inscrit dans la tradition française, qui ne choisit pas clairement entre la production et le pouvoir d’achat. Nicolas Sarkozy, lui, veut que la France s’inspire de la réussite allemande et du choix, en faveur de la compétitivité, fait par Gerhard Schroeder puis, par Angela Merkel. On a deux approches économiques.

Et, donc, d’abord sur la TVA sociale.

Pour Hollande, le problème majeur est que les entreprises innovent peu. Le coût du travail est secondaire, il peut d’ailleurs être alourdi. Pour l’Elysée, le coût du travail est un sujet clé. Face à leurs concurrents européens, les Français n’ont plus l’avantage qu’ils ont eu. Supprimer les cotisations familiales, baisser le coût du travail de 3% vaut la peine. Même au prix d’un pouvoir d’achat rogné. Qu’en penser ? L’Europe, le FMI, l’OCDE, invitent la France à déplacer le poids des charges vers la consommation. Si l’Allemagne a remplacé la France comme premier exportateur de lait, rien à voir avec l’innovation. Mais l’exemple de l’Allemagne est à double tranchant : la TVA y est à 19%, la France la porte à 21,2% - chiffre au passage assez ridicule -, et on creuse l’écart entre les deux pays.

Deuxième clivage, sur les 35 heures.

Opposition radicale ! François Hollande assume le bilan des 35 heures. Nicolas Sarkozy, lui, propose la modification des lois Aubry la plus forte depuis dix ans. L’innovation consiste, cette fois, à dire que les contrats individuels de travail - sur le temps de travail, le salaire - peuvent s’effacer devant un accord collectif d’entreprise. Des sociétés comme Bosch, Doux, Seb, ont augmenté la durée du travail ; mais tous les contrats ont dû être resignés. Là, c’est un vrai changement. Pour être franc, on a du mal à voir si c’est une révolution ou si cela fera pschitt.

Dernière annonce, sur le logement.

On a deux candidats audacieux. D’un côté, le socialiste veut bloquer les loyers ; de l’autre le futur candidat UMP va permettre de construire 30% de logements en plus sur un terrain. Ce sont deux approches, l’une sur les prix, l’autre sur l’offre. Ce sont deux vrais tournants.

Au total ?

Nicolas Sarkozy dit : les réformes, c’est moi, le changement, c’est maintenant ! Comme sur les retraites, le service minimum, les universités, l’auto-entrepreneur, la taxe professionnelle, le port de Marseille etc., il assume les résistances. Depuis trente ans, c’est vrai aucun président n’a autant réformé que lui. Ces nouvelles réformes sont économiquement intéressantes (même si elles sont molles par rapport à ailleurs); mais politiquement, elles sont tardives et incertaines. Au poker, quand on mise tous ses jetons à la fois, comme le fait Nicolas Sarkozy, on dit « faire tapis ». Reste à voir comment, là, il faut l’entendre.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.