Marylise Lebranchu, la ministre de la Fonction publique va supprimer la rémunération au mérite des fonctionnaires mise en place par Nicolas Sarkozy.

Oui, elle en a faite la confidence à mon confrère des Echos , Derek Perrotte. Et son cabinet nous l’a confirmé dans l’après-midi. Si on en comprend bien - et on peut entendre - l’objectif politique, c’est une décision qui soulève aussi des questions. Et paraît même étrange. L’objectif est clair : donner satisfaction aux syndicats sur des symboles alors qu’ils doivent avaler une quatrième année de gel du point d’indice. Ce gel, cela ne veut pas dire que les salaires individuels n’augmentent pas, il y a les avancements de carrières. Mais la pilule du gel est amère. Marylise Lebranchu sait, et elle ne cache pas qu’il se poursuivra en 2014 et 2015 si la reprise est molle.

Voilà le contexte, et donc qu’en est-il de la rémunération au mérite ?

Il faut être précis, beaucoup de fonctionnaires nous écoutent. Il n’est pas question de revenir sur l’intéressement collectif lancé en 2012, qui permet aux agents d’un service récompensé collectivement de toucher jusqu’à 300 euros de plus par an. En revanche, Marylise Lebranchu veut revenir sur la part au mérite, ce que l’on appelle la prime de fonction et de résultats (PFR). Mise en place en 2009, elle concernait il y a un an 55.000 fonctionnaires de catégorie A et B, aujourd’hui beaucoup plus. Le gouvernement précédent voulait aller jusqu’à 200.000 personnes. Comment ça se passe ? Un chef de service discute avec un agent des ses objectifs annuels, ce qui a été fait, de son implication etc. bref, tout ce qui existe depuis toujours dans le secteur privé. Ou au … Conseil d’Etat où le salaire dépend du nombre de dossiers traités.

Qu’est-ce que le gouvernement reproche à ce système ?

« Se bagarrer pour avoir une prime, ce n’est pas l’esprit du service public », dit Marylise Lebranchu. Les syndicats ont toujours été contre, défendant l’avancement automatique, pour éviter les « notes de gueule » et parce que, avancent-ils, il n’est pas possible d’avoir des objectifs chiffrés, clairs, indiscutables. La ministre garderait cependant une part individuelle liée à la fonction, voire au comportement individuel – mais sans plus de précision.

Et quelles questions cela soulève-t-il ? Votre avis ?

La question, c’est : peut-on se satisfaire d’un système qui ne récompense pas les agents les plus motivés, les plus impliqués ? On sait que la notation est depuis longtemps tombée dans le ridicule, avec des notes oscillant parfois entre 19,25 et 19,83. Allons plus loin. Ce dispositif a un avantage : c’est une arme contre la lâcheté de la hiérarchie ; cela l’oblige à fixer des objectifs, à discuter de ce qui va et ne va pas avec chaque fonctionnaire, et à prendre ses responsabilités. Garder seulement une prime individuelle à la fonction est hypocrite, c’est du fixe qui ne dit pas son nom.

Conclusion ?

On entend que le gouvernement veut effacer tout du sarkozysme qu’à défaut de distribuer des sous, il cherche des symboles pour faire passer des sacrifices. Mais, là, c’est plus qu’un symbole, c’est un saut en arrière.

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